Interview - Tony Graci
Graphiste pour AB Vidéo

    Sur ce site, nous vous replongeons dans la nostalgie des jaquettes VHS et DVD d’animes signées AB Vidéo. L'occasion idéale pour aller à la rencontre de Tony Graci, le créateur talentueux derrière ces visuels devenus absolument cultes pour toute une génération.


    Salut Tony, dis-nous comment tu te retrouves à travailler pour AB Vidéo ? 

    – À la fin de l’année 2000, à 20 ans, j’ai été embauché chez Manga Distribution afin de m’occuper de toutes les sorties vidéo des coffrets VHS AB Vidéo / Manga Power, puisqu’ils avaient eu la distribution exclusive de tous les produits AB, et ce jusqu’en 2004. Ça a été le point de départ de mon rêve.

     

    Quelle est l'ambiance de travail ? Raconte-nous les coulisses de la création de ces jaquettes ! 

    – Entre 2000 et 2004, l’ambiance au travail était grisante, chacun était passionné, avec l'objectif de se dépasser pour proposer quelque chose de sympa et de nouveau sur chaque projet. À cette époque, c’était l'avènement des effets spéciaux, comme les lueurs externes et les centaines de calques sur Photoshop pour créer une ambiance… C’était too much d’ailleurs, avec notre regard et notre style épuré d’aujourd’hui. J’avais une liberté totale de création, je décidais moi-même des logos pour les séries qui n’en avaient pas, du moins celles dont on ne me donnait pas les sources, ce qui était rare malgré tout. Je recevais d’AB, par la responsable de la branche vidéo, les résumés et les copyrights pour chaque projet, et sur certaines séries, j’avais la chance d’avoir les datas des bases de données que le service avait encore sous la main.

    Mais souvent, j’ai dû me débrouiller par mes propres moyens, ce qui a fait que pour les DBZ, ma source a surtout été les Daizenshuu sortis à l’époque. Pour les screenshots, j’avais des ektas (diapos à scanner) ou des screens que je récupérais moi-même sur les masters d’AB que je recevais au bureau. À cette époque, les ayants droit japonais avaient un contrôle beaucoup moins assidu que celui qu’ils ont aujourd’hui — il y a eu un vrai changement vers 2005, on va dire —, j’avais une liberté totale auprès d’AB dans tous les cas ^^

    J’ai élaboré toutes les maquettes des coffrets VHS DBZ du box 4 au dernier, Dragon Ball, Nadia, Sailor Moon, L’École des Champions, Fly, Galaxy Express, Les Samouraïs de l'Éternel, Olive et Tom, Georgie, DBGT, et les premiers films Saint Seiya en DVD. Veuillez m’excuser pour certains projets, j’étais encore débutant ^^


    – Quelle série de VHS te rend le plus fier ?

    – De toute évidence, le dernier box de DBZ, le box n° 9 avec ma petite phrase « Toute saga a une fin… » ^^, car sur ce dernier box, j'ai voulu y mettre de la mélancolie, surtout sur la dernière jaquette, et j’en garde un souvenir assez ému aujourd’hui. D'ailleurs, à partir du box 7 (arc Buu), j'ai mis un sous-titre « La nouvelle génération » et j'ai pu me défaire de la maquette des premiers arcs et proposer quelque chose de plus personnel. J'ai pu un peu plus m'amuser sur ces derniers boxs, c'était passionnant ! Je mesurais la chance que j'avais de pouvoir faire ce que je rêvais à l'époque et de le partager avec tous de façon officielle, c'était dingue !


    – Parle-nous de ce fabuleux coffret Blu-ray de Dragon Ball !

    – Pour mes dernières réalisations chez AB en 2018 et 2022 pour les Blu-ray de Dragon Ball, ce n’était plus du tout la même chose : tout était contrôlé par Toei, jusqu’à la moindre petite screenshot. J’étais confronté à bien des restrictions créatives, car je me devais de respecter le style guide européen sur la licence.

    Malgré tout, pour le box 1 Blu-ray — celui que les fans du monde entier nous ont envié —, j’ai pu, avec l’aide d’AB, amener une certaine créativité. J'ai proposé un montage personnel qui a plu à Toei et pour lequel on m’a donné le feu vert. Ce n’est pas grand-chose, mais de mon point de vue, c’était une chance incroyable. Ma petite fierté a été de proposer un petit livret avec les résumés d’épisodes ainsi que, suite à plusieurs mails interposés avec Toei France, de les accompagner du staff principal de chaque épisode et de tous ses animateurs. C’est une chose qui n’avait pas été faite en Europe en dehors des endings TV japonais de l’époque, du moins sur les produits officiels. Cela a été long pour les convaincre que c'était important, mais ça a pu se faire et j’en ai été très heureux.

    Compte X de Tony