Articles - 1988 - Page 4
- Dorothée avant l’école
- Dorothée : Attention! Danger
- Le cinéma c’est pour quand ?
- Dorothée: pas de pitié pour les croissants!
- Comment creuser son microsillon vers la gloire ?
- Dorothée a mis un tigre dans son clip
- « Opération Foch » ... A vos marques, prêts ? Partez !
- C'est nous les gars de Mourousi
- Dans son ombre, un homme a fait d'elle une star
- Le système D de A et B
- L’irrésistible ascension de Dorothée
- La CNCL: bonnet d'âne pour Dorothée
Dorothée avant l’école

Le Parisien - 11 mai 1988
DOROTHEE se déchaîne. Grâce à elle, TF1 est en passe de devenir la chaîne des enfants. Outre ses rendez-vous du mercredi, du dimanche et de l'après-midi, elle entame un nouveau défi avec une émission matinale à 7 h 30 en direct. « Je ne m'attendais pas à me voir attribuer cette tranche horaire, c'est la direction de TF1 qui a pris la décision. Pour moi, c'est une récompense et c'est l'occasion de varier les plaisirs. »
Pour les petits écoliers matinaux, Dorothée a concocté une formule « dynamique mais suffisamment légère pour ne pas assommer les chères têtes blondes avant leur départ pour l'école. Des dessins animés choisis par les enfants eux-mêmes, un grand jeu et surtout l'horoscope de Madame Soleil destiné aux enfants et à leurs parents. Une heure trente d'émissions en plus, voilà qui ne fait pas peur à Dorothée : avec ses vingt-deux heures de programmes hebdomadaires, elle a vraiment le vent en poupe et surtout un enthousiasme formidable.
Laure JOANIN
Dorothée : Attention! Danger

Le Parisien - 21 mai 1988
Dorothée, l'animatrice du club du même nom, va faire un malheur avec sa dernière chanson, qui est aussi un clip surprenant : « Attention danger! » C'est en pyjama, les pieds nus, collier de perles autour du cou, dans les bras d'un grand singe (en peluche) qui n'a pas l'air méchant pour un sou, que l'animatrice préférée des enfants chante son prochain succès.
Il faut noter que le Club Dorothée » se trouve souvent en ce moment face à Roland- Garros sur A 2. Le 25 mai, soit mercredi dernier, elle a battu facilement, de 14 h 30 à 17 heures, le match vedette qui opposait Mattar à Yannick Noah sur A 2.
Le cinéma c’est pour quand ?

Le Parisien – Jeudi 26 mai 1988
On la revoit ce soir à 23 heures, sur la Cinq, dans « l'Amour en fuite » de François Truffaut.
Pourquoi n'avez-vous plus fait de cinéma depuis «l'Amour en fuite» de Truffaut, en 1978, et « Pile ou face », en 1980 ?
Il faut le demander aux réalisateurs. Je n'ai pas abandonné le cinéma, c'est lui qui m'a laissée tomber. Après « Pile ou face », je n'ai eu aucune proposition, si ce n'est des copies conformes de ce film et cela ne m'intéressait pas. Cela dit, je n'ai aucun regret, car je n'ai jamais voulu faire une carrière dans le cinéma.
Durant le tournage de «l'Amour en fuite », quels ont été vos rapports avec François Truffaut ? Comment vous avait-il choisie pour interpréter le rôle de Sabine ?
Il m'a contactée directement et j'ai vraiment cru au début que c'était une blague. En fait, il ne m'a jamais demandé si je voulais jouer Sabine. Pour lui, c'était évident. Il m'a expliqué que c'était mon côté androgyne qui l'avait séduit. En cours de tournage, il a réécrit mon personnage au fur et à mesure, en fonction de mes réactions, de mon parler.
Grâce à lui, je sais exactement ce que faire du cinéma veut dire : il m'a dirigée sans me donner l'impression de le faire. C'était vraiment un personnage adorable. Mon seul regret : n'avoir pas refait de film avec lui, nous avions un projet ensemble, mais hélas !...
Est-ce qu'on peut espérer voir un jour Dorothée sur un grand écran ?
Pour l'instant, non. Mais je ne désespère pas. Je me dis que je referai du cinéma quand je serai une vieille grand-mère de quatre-vingts ans. Cela me plairait beaucoup de jouer les mémés... A moins que Spielberg se réveille d'ici là !...
Dorothée: pas de pitié pour les croissants!

L'évènement du jeudi - 26 mai 1988
Regard de chipie, sourire malicieux de l'élève toujours collée, taille fine des grandes filles qui n'ont pas fini de grandir, Dorothée est la Pasionaria des enfants depuis maintenant quinze ans. Agitée comme pas deux, on a l'impression qu'elle a toujours une punaise sur sa chaise. Fière d'assumer vingt-deux heures de programmes hebdomadaires, elle se vante de ne dormir que cinq heures par nuit et de ne partir en vacances que la semaine des quatre mercredis. Sont-ce ses voyages aux Etats-Unis qui ont fait d'elle la golden girl de la télé?
Divorcée d'Antenne 2 depuis la rentrée, elle n'a dans la bouche que les mots «budget», «idée», «liberté ». Là où il y a de l'argent, y aurait-il vraiment du plaisir? En tout cas, la Dorothée privatisée s'en donne à cœur joie.
«Au plateau de fer j'ai préféré le plateau d'or», dit-elle pour expliquer son départ de sa chaîne nourricière. Couper le cordon n'a ni été une déchirure ni une rupture sanglante. «Je me suis beaucoup amusée sur Antenne 2. C'était très sympa. Mais ici c'est l'étage au-dessus. Je n'ai pas de comptes à rendre à la chaîne. Je ne travaille pas pour le directeur, mais pour mon public», poursuit-elle. L'étage au-dessus, ce sont des sponsors (ce qui veut dire : jeux supplémentaires); ce sont 700 mètres carrés de plateau à la Chapelle; ce sont aussi des duplex avec le Japon et les Etats-Unis et enfin une équipe de quatre-vingts personnes, mais, quant au cachet de «la petite », motus et bouche cousue... Grand retour de Goldorak et de Candie, séries clés en main: la création sur la Une revient à la tranche «Pas de pitié pour les croissants», qu'elle anime avec son compère de toujours, le bienheureux Jacky.
A l'école de «Récré A2», Dorothée a appris à chanter. Son 45 tours Attention, danger sera en vente dès le mois de juin. Quant au cinéma, elle se plaît à répéter qu'elle tournera désormais quand elle sera grand-mère. C'est drôle, on l'imagine avec des couettes de laine, jouant la bonne du curé à la manière d'Annie Cordy.
« Ça me chatouille, ça me gratouille...», disait l'une. «Ça me démange», répond l'autre, qui n'a qu'une obsession: retrouver l'ambiance de la scène. La caravane Dorothée prend la route de l'été dans une grande tournée en province avec émissions en direct.
«TF1 est la seule chaîne à avoir une équipe vivante à l'image», conclut-elle. Cela veut-il dire que les chaînes publiques seraient vouées à la momification?
Catherine BEZARD
Comment creuser son microsillon vers la gloire ?

Télé Star – 28 mai 1988
Combien de jeunes, chanteurs ou musiciens-amateurs, rêvent d'enregistrer un premier disque et de marcher sur les traces des Guesch Patti, Félix Gray, Vanessa Paradis... Mais comment faire, où et à qui s'adresser? «Télé Star» répond.
Comment enregistrer son premier disque?
Il y faut à la fois du talent, des connaissances, un «look» original et quelques astuces.
QUALITÉS REQUISES : être âgé en principe de moins de vingt-cinq ans. Chanter juste et avoir de l'allure. En effet, qui dit disque, dit dorénavant clip. Peu importe d'être doté d'un simple filet de voix, la technique fera le reste. En revanche le look, lui, ne pardonne pas. Ne serait-ce que pour la télévision...
MARCHE À SUIVRE : enregistrer une cassette élaborée avec un minimum de soin. Mieux: faire une maquette, c'est-à-dire prendre contact avec un studio d'enregistrement. Moyennant un coût horaire d'environ cinq cents francs, un ingénieur du son se chargera de tout. A noter que l'on peut très bien s'y rendre sans musiciens!
QUE FAIRE DE LA CASSETTE ? L'envoyer à une maison de disques: Phonogram, Polydor, Barclay, Trema, RČA... (leur adresse figure au dos des pochettes) et joindre impérativement deux photos: l'une en gros plan, l'autre en pied (toujours pour le look). Détail important: dans la mesure du possible, essayer de sélectionner «sa» firme. Explication: consécutive- ment au succès de tel premier 45 tours, nombreux sont les adeptes du « moi je », sous-entendu, moi aussi j'aurais été capable de faire la même chose. Et sans réfléchir, on adresse la cassette à la firme concernée. Erreur. C'est oublier que lorsqu'une maison détient un «tube », elle déclenche immédiatement une promotion intensive sur l'heureux interprète. Aussi se désintéressera-t-elle de l'inconnu qui prend le train en marche. La solution: faire jouer la concurrence, en allant voir ailleurs. Les exemples ne manquent pas.
L'AUDITION DE LA CASSETTE : deux formules, selon les firmes : soit un comité d'écoute regroupant les principaux responsables et qui accepte - ou rejette le projet par décision majoritaire. Soit un directeur artistique tout puissant, qui rend seul son verdict. Dans les deux cas, environ 80% de déchet. Tout n'est cependant pas perdu. Il suffit de recourir aux producteurs indépendants. Depuis quelque temps, ceux-ci pullulent dans le métier. Hommes d'affaires, restaurateurs (comme Gérard Pédron, producteur de Jean-Luc Lahaye), ils travaillent à l'extérieur d'une maison de disques en exerçant les mêmes fonctions qu'un directeur artistique. Prenant tous les frais à leur charge, ils sollicitent ensuite une grande firme qui distribuera le 45 tours. A signaler que les droits sont alors partagés entre l'artiste et son producteur. Ultime possibilité. Enregistrer à compte d'auteur. C'est-à-dire à ses propres frais. Mais cela coûte cher, (environ 100 000 F) et trouver un distributeur, ce qui n'a rien d'évident.
A LES TRUCS CONNAÎTRE : lorsque l'on n'a pas la chance d'avoir, comme Vanessa Paradis, un oncle producteur ou comme Emmanuelle, une bonne copine répondant au prénom de Dorothée, le plus difficile est de s'infiltrer dans le métier. Il faut donc être
débrouillard. Par exemple: fréquenter un bistro proche d'un studio. Lors de la pause, il y a fort à parier qu'un membre de l'entourage de la «vedette » y taquinera le flipper... En suivant assidûment un artiste - plutôt un jeune groupe de rock - en tournée, on parvient parfois à sympathiser, quitte à se faire traiter de groupie. Et, d'étape en étape... Assister aux émissions de radio ou de télévision en public. Le résultat n'est pas garanti, mais qui sait... un producteur peut surgir au détour d'un couloir. Les lendemains qui déchantent
CONCLUSION : rien n'est plus hasardeux que l'enregistrement d'un premier 45 tours. Et lorsque le « miracle » se produit, ce sont souvent les lendemains qui déchantent. Combien de galettes de vinyle n'ont connu pour toute carrière que le fond d'un tiroir? Combien de voix se sont élevées sans jamais parvenir aux oreilles des programmateurs radio? Et lorsque le disque commence à tourner sur les platines de leurs stations, combien de temps s'est-il écoulé entre sa sortie et sa diffusion? Huit mois pour Guesch Patti et «Etienne Etienne », un an pour Stephan Eicher et «Combien de temps» (!), un an pour Mory Kanté et «Yeke yeke». Record absolu: les Porte-Mentaux. En 1983, ils gagnaient le rock-envol (organisé par la SACEM) avec «Elsa Fraulein ». Cinq ans plus tard, ils viennent d'entrer aux hit-parades! Comme quoi l'essentiel dans ce métier est de s'accrocher...
GÉRALD LEVRAULT
PHOTO JACQUES BOURGUET
Dorothée a mis un tigre dans son clip

France-Soir - 31 mai 1988
C'est le clip de tous les dangers pour Dorothée. La vidéo de son dernier titre, « Attention danger », se déroule dans une jungle où l'on croise un boa, une mygale, un crocodile et même un tigre auquel la chanteuse a donné à boire, au biberon s'il vous plaît. Grâce au vétérinaire de son émission, Michel Klein, Dorothée, telle Alice au pays des animaux sauvages (mais ceux-ci sont apprivoisés), a évolué avec le règne animal, sous les caméras de Robert Réa, le réalisateur, dans un décor entièrement reconstitué en studio. Les animaux se sont bien comportés, même si l'on a dû refréner les élans affectueux du boa confondant le cou de Dorothée avec celui d'Alice Cooper. La chanteuse, sortie indemne, vous présentera ce clip exotique, luxuriant et luxueux (environ 600.000 F) dans une dizaine de jours sur TF1.
Photo FRANCE-SOIR
(Lucien Jacquinot)
« Opération Foch » ... A vos marques, prêts ? Partez !

Juin 1988
Mais qui sont ces matelots qui fixent la ligne bleue de l'objectif ? Vous les avez reconnus ! PPDA, Guy Lux, Dorothée, Patrick Simpson-Jones, Jacky et son équipe, Christophe Dechavanne, Christian Morin, Gérard Renaldi, Julie Arnold. Non ! Ils ne s'engagent pas dans la marine, pas plus qu'ils ne tournent un remake du « Cuirassé Potemkine ». C'est tout simplement Yves Mourousi qui les a déguisés afin de promouvoir une journée exceptionnelle baptisée « Opération Foch ». Le 25 juin en effet, le porte-avions Foch fêtera son grand toilettage d'été. Entièrement rénové, il rutilera devant vos yeux. Une initiative de prestige que l'ex-présentateur du journal de 13 heures qualifie en toute modestie de plus grande opération jamais réalisée par une chaîne de télévision ». A vous de juger !
C'est nous les gars de Mourousi

Juin 1988
Transformés en matelots le temps d'une photo, Patrick Poivre d'Arvor, Dorothée, Patrick Simpson-Jones, Jacky et son équipe, Christophe Dechavanne, Gérard Rinaldi, Christian Morin et Julie Arnold fêteront avec Yves Mourousi la fin de la rénovation du porte-avions « Foch », le 25 juin sur TFI. Une initiative de prestige qualifiée par Yves Mourousi de « plus grande opération jamais réalisée par une chaîne de télévision »...
Dans son ombre, un homme a fait d'elle une star
France Dimanche - 6 juin 1988
Sacrée Dorothée ! C'est à croire que sa devise est "Toujours plus, toujours mieux" ! Elle n'arrête pas ! Tous les après-midi, sur TF1, elle distrait et amuse les enfants. Tous les mercredis et les dimanches matin, elle leur consacre deux heures d'émissions. Mais visiblement, ça ne lui suffit pas : maintenant, on peut aussi la voir tous les autres jours, en direct, à 7h30, dans "Club Dorothée matin".
Et ce n'est pas tout, en plus de la télévision, Dorothée ne cesse d'enregistrer des disques ! Leur particularité ? Ils se vendent tous à des milliers d'exemplaires. Souvenez-vous de "Rox et Rouky", "Hou ! La menteuse", "Les Schtroumpfs", que des titres qui ont remporté des récompenses fabuleuses : des disques d'or et des disques de platine. Et on peut parier que le dernier, "Attention danger !", ne dérogera pas à la règle.
Dorothée trouve également le temps de créer des comédies musicales qu'elle présente en tournée un peu partout en France et qui, bien évidemment, remportent un considérable succès.
Croyez-vous que, après tout cela, elle va prendre le temps de souffler un peu ? Eh bien non, elle vient de se lancer dans un nouveau défi : en novembre prochain, elle chantera pendant six semaines dans l'une des plus grandes salles de Paris : le Zénith !
Plus de doute possible : l'idole des enfants est devenue une star. Grâce à son talent et à son obstination, bien sûr, mais pas seulement. Dans l'ombre de Dorothée, il y a un homme qui a fait sa gloire. Un homme, qui, depuis neuf ans, ne la quitte pas.
Sans lui, c'est vrai, Dorothée n'aurait peut-être jamais osé chanter, enregistrer des disques, se produire sur scène. Sans lui, elle ne serait sans doute jamais devenue l'idole des enfants. C'est lui qui lui a insufflé la force de se battre, de se surpasser.
Mais le plus étonnant dans leur rencontre, c'est qu'ils la doivent à une grave maladie ! Oui, si cet homme n'avait pas été cloué au lit à cause d'une hépatite virale, leurs destins ne se seraient jamais croisés !
Pourtant, en ce beau mais triste jour ensoleillé du mois de mai 1979, cet homme providentiel est bien loin de pouvoir s'imaginer que sa vie va bientôt être illuminée par la gaieté de Dorothée ! Fiévreux, incapable de se tenir debout, il est morose et peste contre cette maudite maladie. Jusqu'au moment où, pour se changer les idées, il a ce réflexe bien banal : il allume la télévision. Le hasard veut qu'il tombe sur "Récré A2", l'émission de Dorothée.
Et là, il tombe littéralement sous le charme de cette jeune et pétillante animatrice. Il admire sa grâce, sa "pêche", son entrain. "Cette fille, se dit-il alors, elle est vraiment formidable !"
Et devinez ce qu'il fait ? Il prend son téléphone et il appelle Dorothée. Carrément !
"Voulez-vous travailler avec moi ?" lui demande-t-il. Car cet homme n'était pas un simple admirateur : il n'était autre que Jean-Luc Azoulay, l'ex-manager de Sylvie Vartan, un imprésario très important dans le monde du show-biz ! Il lui a suffi de voir Dorothée sur son petit écran pour que, aussitôt, un tilt se produise dans sa tête. Avec son regard de professionnel avisé, il a tout de suite deviné que cette fille, avec son minois mutin, son dynamisme et son rien d'espièglerie, était faite pour chanter. Voilà pourquoi, le plus simplement du monde, il lui a dit au téléphone de venir passer une audition : "Il m'a demandé de répéter sur trois ou quatre notes "Dorothée je t'aime", qui est devenue la chanson de mon premier disque, explique-t-elle. Et j'ai signé mon premier contrat".
Dès lors, Dorothée et Jean-Luc Azoulay ne se sont plus quittés. Et cela depuis neuf ans ! Jour après jour, dans son ombre, avec la complicité de Denis Bortot, le directeur général d'AB Productions, il a façonné Dorothée. "Sans lui, avoue-t-elle, je ne pourrais pas tout mener de front : les disques, les tournées et la télévision."
Car Jean-Luc Azoulay veille à tout, pense à tout, prévoit tout. Résultat : tout ce qu'entreprend la star des enfants se solde par un véritable triomphe !
Quelle belle ascension pour Dorothée ! Comme il semble loin le temps où, lycéenne timide, elle était complexée par sa maigreur !
Maigre, ça, on peut dire qu'elle l'était ! Et bien plus qu'aujourd'hui puisqu'elle était carrément anorexique. Tous les parents qui ont des enfants atteints par cette terrible maladie savent de quel calvaire il s'agit : l'enfant refuse toute alimentation. Si on le force à manger, il vomit. Il y a même des cas d'anorexie si graves qu'ils peuvent conduire à la mort par défaut de nourriture. Ce ne fut heureusement pas le cas de Dorothée !
Mais elle avoue tout de même : "Je suis née anorexique, j'ai grandi ainsi et je continue de l'être. Quand j'étais petite, je ne mangeais pas parce que cela m'ennuyait, et d'ailleurs ça m'ennuie toujours. Enfant, cela faisait le désespoir de ma mère. Comme à table je refusais de manger, elle m'envoyait finir mon assiette à la cuisine. Hélas ! Cela ne m'ouvrait pas pour autant l'appétit.
Un jour j'ai même vidé mon assiette derrière le radiateur ! Bien sûr j'ai été grondée par Maman qui se désolait de voir que je mangeais si peu... Ensuite j'ai compris que c'était mieux de vider mon assiette dans la poubelle !"
On comprend pourquoi, à 35 ans, Dorothée est toujours si mince... ! Mais c'est une minceur qui n'a rien voir avec de la fragilité ou de la faiblesse. C'est bien ce qu'avait décelé Jacqueline Joubert, en 1970, lorsqu'elle a vu pour la première fois Dorothée dans un concours amateur de théâtre. Elle ne lui aurait pas confié l'animation des "Mercredis de la jeunesse", puis celle des "Visiteurs du mercredi", ni ensuite celle de "Récré A2", si elle n'avait pas flairé chez cette frêle jeune fille le dynamisme et la volonté nécessaires pour réussir.
D'ailleurs, c'est cette énergie mêlée de charme, cette volonté mêlée de gaieté, de spontanéité et de jeunesse qui ont séduit Jean-Luc Azoulay, l'homme qui a tout fait pour que nous soyons à notre tour séduits. Comme quoi, les hépatites virales peuvent avoir du bon !
Danielle BEAUR
Le système D de A et B

Rolling Stone - 8 juin 1988
Ils s'appellent Azoulay et Berda. Leur arme absolue, c'est Dorothée. Et là où ils passent, les enfants ne repoussent pas.
One for the money, two for the show...
Comme Gédéon et Grand Coquin dans Pinocchio, ils sont deux, et s'intéressent de très près aux enfants. Leur maison de production de disques, c'est AB Productions. A pour Azoulay Jean-Luc, B pour Berda Claude.
Côté cour, ils se comparent volontiers à « des producteurs comme au temps d'Hollywood », et se verraient bien dans la peau du personnage incarné par Douglas, dans Les ensorcelés de Minnelli. Côté jardin, ce sont deux routiers qui connaissent tous les bons plans, et leurs classiques: depuis plus de dix ans, ils fa- briquent des quantités de tubes pour les moins de quinze ans ! Et leur mine semble intarissable.
En 1979, ils prenaient en main la carrière de Dorothée. Et la France des tout- petits plongeait dans une transe profonde, que d'aucuns attribuent à la lobotomie.
L'été dernier, Jean-Luc Azoulay et Claude Berda, dans une négociation éclair ont fait passer l'artiste maison, d'Antenne 2 où elle dépérissait, sur TFI. AB Productions a signé avec cette chaîne un contrat béton, d'une durée de trois ans : 600 heures d'émission par an, à livrer clés en main », un poste de « conseillère pour la jeunesse auprès de la direction » pour Dorothée, plus trois grands shows annuels destinés au, grand public. Enfoncés les Collaro, Sabatier et autres Drucker! Coût de l'opération pour TF1 : la bagatelle de 70 millions de francs.
Jean-Luc Azoulay a créé, en 1966, le fan club de Sylvie Vartan, avant de devenir son manager. Aujourd'hui, c'est l'artiste de AB, celui qui écrit les textes... A la même époque, Claude Berda tâtait de la confection dans le Sentier (une des meilleures business-schools du monde). Aujourd'hui, c'est le manager de AB. Son père, un as du merchandising exploitait une ligne de vêtements griffés Sylvie Vartan. C'est ainsi qu'ils se sont rencontrés.
Il a suffi de quelques années pour qu'AB Productions devienne numéro un français de la production de disques pour enfants. A l'énoncé de leur carte de visite, on mesure le chemin parcouru par cette PME du gag et de la bluette pour petits producteurs de disques, mais également distributeurs en France de dessins animés étrangers, éditeurs de chansons, auteurs-compositeurs et, depuis peu, fabricants d'émissions télévisées !
Emmanuelle, Les Schtroumfs, Les Bisounours, c'est eux ! Dorothée à elle seule, représente 30% de leur chiffre. En sept ans, elle a vendu 11,5 millions de disques! 150 000 personnes ont vu Dorothée et Jacky sur la scène du Zénith, fin 1987. Emmanuelle, la petite dernière du groupe, caracole à 800 000 et 600 000 disques vendus pour les deux premiers titres, 200 000 pour le troisième qui vient de sortir. L'affaire est donc juteuse, pour eux et pour la Une. L'audience explose, les contrats de sponsoring aussi. Et le sponsoring, c'est le système rêvé pour amortir un show avant de l'avoir acheté ou tourné (dans le genre, les Américains font encore mieux, avec le bartering, tels les soap-opéras directement produits par les grandes marques).
Pour le traditionnel grand show de fin d'année (le 26 décembre), Dorothée a battu Drucker d'Antenne 2 d'un point à l'audimat. Ce genre d'argument fait tilt chez les sponsors. Et pas seulement les marchands de jouets ou de bonbons. AB Productions peut sauter le pas et essayer de donner une image grand public à Dorothée. Jean-Luc Azoulay et Claude Berda ont d'autres atouts dans leur manche. Ils produisent ou adaptent une flopée de 33 tours, issus de dessins animés qu'ils distribuent en France, dont Les Bisounours (400 000 disques vendus), Les petits poneys, et les Schtroumpfs chantés par Dorothée.
Voilà pour le décor et les personnages. La face cachée du "système" Dorothée, c'est eux. Et c'est rôdé comme une mécanique impeccable. Leur force! Exploiter les failles et les insuffisances des grandes chaînes qui ont des structures lourdes à remuer. Trop occupées à guetter les sondages, en panne de création, elles font désormais appel à des sous-traitants dans le genre de AB.
La recette type? Acheter les droits pour la France d'un dessin animé à MM. Hannah et Barbera aux Etats-Unis (qui travaillent en collaboration avec Dupuis).
Prendre Les Schtroumpfs, et programmer le dit cartoon dans l'émission de votre vedette préférée, ça va de soi. Faire chanter à celle-ci le générique du même dessin animé, c'est presque un réflexe naturel! Matraquer ! Bingo! Le disque des Schtroumpfs par Dorothée s'est vendu à 1,2 million d'exemplaires! Editer une chanson (ou même co ou sous-éditer) pour la France, cela peut tourner au pactole. Une bonne édition en chiffre d'affaires rapporterait, à elle seule, 2 ou 3 millions de francs dans l'année, sans frais...
Une telle réussite fait des jaloux dans le métier.
Normal! Jean-Luc Azoulay et Claude Berda balayent les critiques avec l'aisance de ceux qui ne sont pas vraiment talonnés par la concurrence. Ils se considèrent plutôt francs-tireurs que fabricants d'un sous-produit! « On apporte à la fabrication de disques ou de shows pour enfants le même soin que si c'était destiné à un public adulte ». Les accuse-t-on de truster? « Reproche-t-on à Frank Sinatra de faire des disques, de la télé, du cinéma et autre chose?» Ou encore: « Nous ne sommes pas des mondains ou des professionnels du charity-business abonnés aux campagnes de pub gratuites... », disent les Golan-Globus du disque pour enfants. Avec un rien d'agacement.
Depuis la rentrée, Dorothée est passée "responsable de l'unité jeunesse de TF1". A ce titre, elle est aussi responsable de la programmation. Un bel avenir en perspective pour les artistes du sérail. Mais leurs projets ne s'arrêtent pas là. « Quand on monte une maison de production, c'est pour produire. D'autres émissions sont en préparation, pas forcément pour TF1 » et, peut-être, un film avec Dorothée (qui avait un rôle important dans L'amour en fuite de Truffaut).
Pourquoi pas Le magicien d'Oz?
Dimitri Fridman
L’irrésistible ascension de Dorothée

VSD – 9 juin 1988
Mais qu'est-ce qui fait courir Dorothée? Non seulement la fée du petit écran chante, danse et joue la comédie mais, en fine mouche, elle gère sa carrière en vraie femme d'affaires. Un succès qui dérange.
Vous n'êtes pas faite pour animer des émissions pour enfants, changez de métier, vous n'y arriverez jamais ! » On peut dire que ce responsable de TF1 était inspiré quand, un beau soir de juin 1975, il signifia, en ces termes, son congé à une jeune débutante.
Dix ans plus tard, la petite Dorothée a perdu dix kilos et pris beaucoup de poids au sein de TF1. Une chaîne sur laquelle elle est revenue en juin 1987, après avoir filé, durant dix ans, le parfait amour avec Antenne 2. Dorothée, c'est 46 kilos d'énergie farouche répartis sur cent soixante-deux centimètres de muscles et de nerfs. Un poids plume qui pèse lourd, très lourd : 60 heures de programmes hebdomadaires, soit 750 heures par an, qu'elle porte à bout de volonté.
C'est ce que l'on appelle le « miracle Dorothée». Dorothée, la fée des enfants; Dorothée, la bonne fée de Francis Bouygues; Dorothée, la pourvoyeuse de parts de gâteaux et de parts de marché qu'elle apporte sur un plateau de 700 mètres carrés aux Studios de France à la Plaine-Saint-Denis, où 300 mètres carrés de bureaux complètent son habitat.
On peut dire qu'elle en a grignoté, du terrain, en un an, la petite Frédérique Hoschédé (c'est son vrai nom !). Après avoir rempli les cases du mercredi après-midi de la Une, puis celle du dimanche matin, la voilà depuis quelques semaines ancrée sur les « petits matins » quotidiens de la chaîne. Entre deux bulletins de Robert Nahmias, entre deux séquences pour la ménagère, Dorothée ravit les tout-petits, et les ravit à l'attention de leurs parents. Garçonnets et fillettes se reconnaissent dans cette femme-fleur gracile, cette sauterelle à la voix éraillée, parfaite à leurs yeux comme « demi-sœur », à mi-chemin entre Betty Boop et la grande Duduche.
Dorothée séduit poupins, papas, papis... et « Pépé » Bouygues, qui ne la considérait pourtant pas comme la première de ses amazones quand il l'a « chipée » à Antenne 2 en juin 1987.
600 HEURES D'ÉMISSION
Entre une Christine Ockrent engagée à 350 000 francs par mois et une Dorothée évaluée à 40 000 francs mensuels, il y avait une marge. Et même une marge bénéficiaire qui n'a pourtant pas joué dans le sens prévu : en effet, tandis que la reine Christine perdait sa couronne pour cause de mauvais indices d'écoute et de déclarations douces-amères plus amères que douces, il faut bien le dire, Dorothée tressait tranquillement la sienne de lauriers, devenant peu à peu l'amie publique numéro « une ».
- Je n'ai pas le choix, semble-t-elle s'excuser en nous ouvrant son bureau de la Plaine-Saint-Denis. Je n'ai rien d'autre dans la vie. Pas d'enfant, pas d'homme. Le jour où l'on me signifiera mon congé, je ne pourrai me raccrocher à rien. Lorsque les enfants en auront marre de moi, je le saurai. Et cela me fera sans doute beaucoup de peine. Elle n'en est pas encore là, en juger par ses bons indices d'écoute Et puis, si elle n'a eu ni enfant ni homme, elle a tout de même été mater- née durant dix ans par la responsable de la jeunesse d'Antenne 2, Jacqueline Joubert, qui l'a portée sur les fonts baptismaux du petit écran cette seconde mère a su découvrir le cygne sous le vilain petit canard. Elle a donc été, en toute logique, la première à se révolter contre la crise d'indépendance de sa gamine « passée à l'ennemi » c'est-à-dire passée à la Une.
- Dorothée s'est « maquée » avec des gangsters! affirmait alors Jacqueline Joubert. Que j'apprenne la nouvelle de son départ par les journaux, passe encore, mais le plus grave, c'est qu'elle se soit acoquinée avec des gens peu scrupuleux qui ont essayé de débaucher mon équipe. Dorothée est passée entre les mains de producteurs privés.
La production, c'est « ça» la force, la face cachée de Dorothée. Il y a une « Dorothée bis », une femme d'affaires à la marque déposée. Forte de ses dix millions de disques vendus en trois ans, la madone des enfants a en effet décidé de gérer elle-même ses intérêts par l'intermédiaire de sa propre maison de production (AB Production), qui vient de s'engager à fournir, clés en main, quelque 600 heures d'émissions pour enfants à la Une. Des programmes en partie composés de dessins animés achetés aux Etats-Unis. Pour cela, il lui a suffi d'effectuer quelques allers et retours réguliers dans l'année, le temps de faire le tour des maisons de production pour remplir son Caddie de produits « tout faits », de « produits tout frais ». Le dessin animé qui fait fureur outre-Atlantique ne lui échappe jamais.
- Tous ceux que j'ai choisis sont super! s'exclame-t-elle convaincue. Et à l'en croire, le plein de super ne se refuse pas, même si c'est au détriment de la création française.
- Pour le moment, avoue Dorothée avec une bonne grâce désarmante, la France n'a pas une industrie d'animation suffisamment développée pour faire face au nombre d'heures à assurer. Il faut donc acheter. Mais que l'on se rassure, les enfants ne sont pas passifs. Nés avec la télévision, ils n'ont aucun culte pour elle. Et ils zappent à tour de télécommande, se désintéressant parfois de séries que nous avions choisies en pensant leur plaire, et dont nous cessons alors immédiatement la diffusion. Leur passion, en ce moment, c'est Bioman, un dessin animé que les parents trouvent trop sanglant. Les enfants, eux, ne ressentent pas cette violence, parce que les méchants sont des robots, donc des machines qui ne perdent pas de sang, et le fait qu'ils meurent est moral. Nos achats sont des choix réfléchis.
Mais contestés.
- Il est anormal que la société de production de Dorothée ait obtenu le monopole des émissions pour enfants, alors que le Centre national du cinéma regorge de projets en ce domaine, a fait remarquer acidument Pascale Breugnot, l'une des reponsables de production de la Une.
C'est qu'elles ne sont pas toujours tendres entre elles, les cheftaines de TF1. Dorothée devient un produit « ciblé »... par ses consœurs. Cumulant les fonctions de conseillère de la direction de TF1 pour la jeunesse, de responsable en titre des émissions pour enfants, de productrice et d'animatrice, c'est une rivale qui compte au sein du PAF. Et qui se trouve, par le jeu de la concurrence et des responsabilités, face à son ancienne « maman », Jacqueline Joubert.
- J'éprouve toujours le même sentiment pour elle, explique Dorothée. Notre passé ne peut s'effacer. Ne sont-elles pas depuis si long- temps les Erckmann-Chatrian des émissions enfantines?
10 MILLIONS DE DISQUES
Tout commence en 1970 pour Dorothée. Alors en terminale, elle décide de présenter, au concours inter-lycée, un « Caprice » de Musset, revu et corrigé par elle (diantre !). Elle obtient le prix spécial d'un jury composé entre autres... de Jacqueline Joubert. « La télé, ça vous dit? », lui demande celle-ci sans obtenir de réponse précise. Quand elle lui repose la question trois ans plus tard, Dorothée prépare alors une licence d'anglais. Avec ses airs de « souricette » égarée dans un univers plein de (chausse)-trappes, elle entre alors à l'ORTF. On est en 1974. C'est l'année de l'éclatement de cet office. TF1 est créée. Dorothée essuie les plâtres des émissions du mercredi de cette chaîne toute neuve. Mais on finit par lui préférer un certain... Patrick Sabatier ! C'est le trou noir. La voilà tour à tour animatrice dans les supermarchés et secrétaire dans une société de robinetterie.
- Ils ont mis longtemps à s'en remettre, commente-t-elle sobrement. La roue de la fortune tourne pour elle en 1977... Sur des tests positifs, elle est recrutée comme speakerine, par Antenne 2, avant de devenir animatrice de « Récré A2 » en 1978. Et en route pour la gloire. Grâce notamment à deux films : le premier tourné en 1978 sous la direction de François Truffaut, L'Amour en fuite, le second en 1979 sous celle de Robert Enrico, Pile ou face. On ne parle que d'elle... et cela va continuer. Avec plusieurs 33-tours et autant de comédies musicales à succès. On l'ovationne à l'Olympia. Bref, Dorothée est au zénith!
La grande Duduche au nez pointu est un véritable jackpot pour Antenne 2. Cette petite sœur d'Annie Cordy n'aime pas les bijoux mais collectionne disques d'or et de platine. Quatre en 1982 avec 3 millions d'albums vendus dans l'année. Les enfants trépignent, les standards sautent également. Première au hit-parade et dans les sondages, elle déplace les foules à chaque tournée : 100 000 personnes, 200 000, 250 000 ; quand on aime on ne compte pas! Elle est passée par ici, la jolie furette, elle repassera par là !
Quand, précisément, elle passe avec armes et bagages sur la Une en juin 1987, elle est assise sur une pile de 10 millions de disques. Cela permet à cette petite cousine Bette de jouer dans la cour des grandes. Mieux, de s'y tailler la part (de marché) du lion.
Vous savez, je suis moi aussi sou- mise à l'Audimat. N'oubliez pas que le public des enfants est encore plus difficile que celui des adultes. Et je ne suis pas une super-femme. Je trouve cet impératif d'audience parfois très angoissant. Mais c'est la règle du jeu. Elle n'a pas à s'inquiéter. Les jeux pour enfants, ça la connaît !
Isabelle Morini-Bosc
La CNCL: bonnet d'âne pour Dorothée

Le quotidien de Paris n°2660 – Jeudi 9 juin 1988
C’est sur la question des programmes pour enfants que les sages ont le plus renâclé. Avec dans leur collimateur, Dorothée et la société qui produit ses programmes, AB Productions.
La CNCL reproche à la chaîne d'avoir confié à cette société par contrat le monopole sur l'ensemble des émissions pour la jeunesse ; que ce soit les émissions de plateau ou scénarisées, la fiction et les achats de droits. Un état de fait en contradiction avec l'article 21 du cahier des charges qui postule que « la société s'engage à assurer l'égalité
de traitement entre les producteurs et à favoriser la libre concurrence dans le secteur de la production ».
On en est bien loin. Pour comprendre comment TFI a conclu ce contrat d'exclusivité avec AB Production, il faut se remémorer la situation dans laquelle la chaîne était il y a un an, quand les stars fuyaient de toutes parts. TFI cherche alors à tout prix à débaucher d'Antenne 2 ses vedettes et en particulier Dorothée, qui marche fort.
Contrat en or à la clé, Dorothée accepte de quitter sa « deuxième maman », Jacqueline Joubert, qui l'a « fabriquée » dix ans auparavant pour un poste ronflant de « responsable de l'unité des programmes jeunesse ». Elle impose AB Production qui depuis toujours produit ses disques et depuis quelques années, ses émissions. Ses deux dirigeants, Jean-Luc Azoulay et Claude Berda exigent alors de Patrick Le Lay qu'une enveloppe globale leur soit allouée, enveloppe qu'ils auront tout loisir de gérer à leur guise avec la star à la couette.
Un pactole: six cents heures de programme.
Claude Pierrard, qui animait « Croque vacances » et qui a toujours cherché à offrir aux jeunes des distractions « intelligentes » est rapidement évincé. Plus tard, le mini-journal sautera. AB Production a alors champ libre et, fort de l'énorme masse d'heures à caser, obtient à très bas prix des séries étrangères sans trop s'embarrasser des problèmes de qualité et de production d'œuvres françaises.
C'est ici que la CNCL formule un deuxième grief. Il y a quinze mois, le groupe Bouygues, alors en compétition avec Hachette pour la reprise de TF1 s'était engagé à commander 64 heures d'émissions scénarisées d'œuvres originales françaises (pour un montant de 18 millions de francs). Finalement, ce ne furent que 12 h 30 qui furent commandées, pour une dépense de 11,2 millions. Autre pierre d'achoppement entre les sages et la chaîne, la pénurie dans les commandes de dessins animés. Sur la quinzaine d'heures promises, TFI n'en a produit que cinq.
« Produire des dessins animés coûte extrêmement cher », a plaidé hier à la conférence de presse Etienne Mougeotte: 50 000 francs la minute, soit trois millions de l'heure. Nous sommes actuellement en discussion avec des partenaires étrangers; j'espère qu'un contrat aboutira en septembre. C'est domaine extrêmement difficile. » Reste que pour l'instant, l'industrie du dessin animé est en France un secteur sinistré pour cause d'absence de commandes.
«L'affermage des émissions de la jeunesse à une société privée », comme le dit le communiqué de la CNCL, a en tout cas entraîné un grave laisser-aller qui touche le maillon le plus faible des téléspectateurs, les enfants. Cette question préoccupait déjà beaucoup Catherine Tasca, au temps où elle siégeait rue Jacob. Aujourd'hui, c'est Daisy de Galard, responsable des programmes, qui mène en première ligne le combat au sein de la commission.
Dorothée, quant à elle, a pour l'instant le vent en poupe sur TF1. Pendant l'été, elle occupera quotidiennement trois heures d'écran et les matinées des week-ends. On va même passer des 600 heures de 1987 à plus de 1000 heures en 1988 ! Pour le spectacle qu'elle monte au Zénith pour le mois de novembre, elle pourra bénéficier de la promotion TFI. La petite Chantal Goya n'a qu'à bien se tenir.
Francois JONQUET





