Articles - 1988 - Page 5
- Le coup de poker de Robert Enrico
- Dorothée : vingt-deux heures par semaine sur TF1
- Dorothée de retour sur Antenne 2
- Attention, danger !
- Dorothée et Douchka, les deux filles de l'été
- Pas une fausse note pour "Do"
- Dorothée, l’anti-star, vaut 250 millions de francs par an
- Dorothée, l'idole des enfants, à Zygofolis
- Un tour de France et un tournage au Japon
- Dorothée ouvre son club
- Dorothée : "Mes tournages au pays de Bioman"
Le coup de poker de Robert Enrico

TV Magazine – 13 Juin 1988
Au jeu du chat et de la souris, on ne sait trop, dans « Pile ou face », qui, de Philippe Noiret et de Michel Serrault, est le chat et qui est la souris. Ce duel au vitriol, Robert Enrico l'arbitrait en 1980 après une sévère traversée du désert.
PAR CHRISTIAN GONZALEZ
Avec « Pile ou face », en 1980, Robert Enrico, le réalisateur des « Grandes Gueules », des « Aventuriers » et du « Vieux Fusil », jouait son va-tout. Cinq ans plus tôt, pourtant, il avait triomphé aux césars comme au box-office avec « Le Vieux Fusil ». Ensuite, n'importe quel cinéaste aurait suivi une voie royale. Fatalitas! En fait de tapis rouge, il allait, lui, plonger dans un interminable tunnel, ricochant de projets avortés en échecs.
Les lendemains du « Vieux Fusil » avaient certes été radieux, puisqu'il entamait une superproduction avec Catherine Deneuve et, une nouvelle fois, Philippe Noiret : « Coup de foudre». Mais, cinq jours après le premier tour de manivelle, c'était la catastrophe : le producteur faisait faillite, et le film était abandonné. Dès lors, tout devait aller de mal en pis, et Enrico de trébucher tête la première dans une enfilade de déceptions. Il embrayait sur une histoire de camionneurs sur fond de golfe Persique. Vous avez dit golfe Persique? Pas la porte à côté, évidemment. Les producteurs levaient un sourcil sceptique. Un dépaysement à vous grever sérieusement un budget, ça! Bref, le cinéaste ne trouvait personne disposé à le financer. Il se rabattait sur du plus économique, un fait divers, un homme séparé de sa femme qui enlève ses enfants et se retrouve acculé par la police et les médias. Le titre : « Nous mourrons ensemble.» Pas gai, on en conviendra, mais une belle matière dramatique, un thème riche en extrapolations. Cette fois, les producteurs arboraient une moue dubitative : non seulement le sujet leur semblait cafardeux, mais qui plus est explosif.
DUEL DE SÉRIE NOIRE
Enfin, en 1979, il signait « L'Empreinte des géants ». Las c'était un échec. Mais déjà il avait démarré le tournage de « Pile ou face », d'après la série noire du Canadien Alfred Harris, « Suivez le veuf ». Un duel, un face-à-face entre un policier balourd et tenace et un petit bonhomme grisâtre dont la femme, malencontreusement (?) est tombée du sixième étage de son H.L.M. A l'origine de ce film: Georges Cravenne, publicitaire en renom, et notamment père de la Nuit des césars, dont c'était la première expérience de producteur. Pour le titre, « Pile ou face », il s'inspira du nom de son chien. En secret, Enrico y vit un signe. Cette fois, il n'avait plus droit à l'erreur. Le film ne pouvait être qu'un succès. Ce qu'il fut.
Dorothée : Un clip tropical !
«Ses premiers pas au cinéma, Dorothée les aura faits en 1978 dans « L'Amour en fuite » sous la direction de François Truffaut. « Quand il m'a contactée, je n'osais pas dire oui, se souvient-elle. Il m'a un peu forcé la main. Il aimait ma spontanéité, mon naturel.» Et, deux ans plus tard, elle trouvait son second rôle dans « Pile ou face ». « J'étais très impressionnée, surtout par Noiret, qui est si grand et si costaud. Quand il voyait que j'avais le trac Michel Serrault me disait : "Vas-y, fonce !"...» Depuis, accaparée par la télévision, Dorothée n'est plus revenue au grand écran. Et, compte tenu de ses projets, il ne faut pas compter l'y revoir de sitôt outre ses émissions, elle va sortir un disque avant l'été, tourne un clip pour accompagner le 45 tours, "Attention danger », où on va la voir donner le biberon à un tigre. Après quoi, elle sera sur la scène du Zénith à partir du 26 novembre.
Dorothée : vingt-deux heures par semaine sur TF1

France Soir – Lundi 13 Juin 1988
DOROTHÉE en danger, sauvée par Bioman, le héros de la série-star de TF1!
Nos chères têtes blondes (rousses et brunes) en frémiront d'effroi et de plaisir:
« Les Japonais m'ont invitée en juillet pour tourner un épisode », précise Dorothée qui, sans connaître le scénario, espère vivre d'ébouriffantes aventures avec le valeureux justicier.
Avant de donner la réplique à son mythique partenaire, Dorothée fit ses débuts remarqués au cinéma, avec «L'Amour en fuite » de Truffaut. Un autre rôle avec Enrico dans « Pile ou face ». Et puis, plus rien côté grand écran. Star incontestée du petit, Dorothée ne regrette rien.
« Ce n'est pas grave. Je suppose que je suis dans une situation difficile par rapport aux gens de cinéma, qui m'ont cataloguée comme spécialiste de la télé-enfants »
Quand Truffaut l'engage en 1978 - elle n'est encore qu'une jolie speakerine à qui sa chaîne vient de confier une émission enfantine, Récré A2.
« En plus, Truffaut avait de l'imagination, s'exclame-t-elle. Enfin !... Le cinéma français manque de grand-mère, alors, je n'ai qu'à patienter. »
Sous le soleil de Deauville, où elle tourne un des « Club Dorothée» dépaysants de la grille d'été, mademoiselle la responsable de l'unité jeunesse de TF1 (pour elle, ce titre un rien pompeux signifie tout simplement liberté) travaille pour ses petits fans. « Travaille, c'est un grand mot. Plus je bosse, mieux je me sens. Il y a une ambiance extraordinaire. Personne ne compte ; si on a fini, on s'arrête, sinon, tout le monde continue dans la bonne humeur.»
Au Zénith à Noël
Elle ne comptabilise pas non plus ses heures d'antenne : « J'ai peur de le faire" sourit la recordwoman du direct: du 4 juillet au 7 septembre, «Do» passera sur TF1 22 heures par semaine. Contre vingt et une environ depuis un mois !
Un an seulement de première chaîne, mais déjà Dorothée y est de plus en plus considérée par ses directeurs comme un atout maître.
« Ils me font confiance et ça me touche. Le plus important, c'est qu'une chaîne ait enfin compris que les enfants forment un public important, reconnu. C'est nouveau, et ça fait du bien, d'autant qu'une étude a prouvé qu'ils ne sont pas vissés, abrutis, devant leur écran.
Ils changent souvent de chaîne et, contrairement aux adultes, ne regardent plus quand cela ne les intéressent pas »
Au Zénith à Noël, dans un nouveau spectacle très rock'n roll, Dorothée vient de sortir un nouveau 45 Tours « Attention danger" dont le clip sera diffusé mercredi prochain. Si occupée à faire le bonheur des enfants des autres, la fée Dorothée n'en a pas encore:
« Mais ça viendra », affirme-t-elle.
Karine SIGNORET
Dorothée de retour sur Antenne 2

Hérisson – 14 juin 1988
Mais c'était seulement le temps d'un film, « Pile ou face », avec Michel Serrault et Philippe Noiret. L'ex-animatrice de «Récré A.2» reste sur T.F. 1 où elle coiffe avec succès l'ensemble des émissions jeunesse, puisque les sondages la créditent d'une audience double, parfois triple de celle de son ancienne chaîne, pour le même type de programmes.
Ce qui ne va pas, d'ailleurs, sans créer des problèmes à Dorothée : on trouve dans certains milieux qu'elle en fait trop...
La C.N.C.L., en effet, a reproché à T.F. 1 de lui avoir accordé, à elle et ses producteurs, un monopole sur les émissions jeunesse : plus de six cents heures par an. Il faut qu'elle en laisse un peu pour les autres disent les « sages » qui l'accusent aussi d'avoir évincé Claude Pierrard. Querelle de boutique ? Sans doute, car il paraît plus important de savoir si les jeunes téléspectateurs sont contents. Cela semble être le cas, l'Audimat le prouve...
Attention, danger !

Fripounet - 22 juin 1988
Un clip... sauvage, au milieu de la jungle.
La miss Dorothée a encore frappé : « Attention, danger », son dernier tube, vient d'être « mis en clip » et dès cette semaine, tu vas pouvoir découvrir Dorothée dans de nouvelles aventures... sauvages. En effet, pour illustrer les dangers qui guettent son cœur, thème de sa chanson, Dorothée a choisi de se transporter dans la jungle. Ses partenaires sont tour à tour un boa, un tigre, un gorille, un crocodile, des sauvages armés de sagaies, des soldats américains, des touristes japonais... Et comme dans toute aventure qui se respecte, il y a un trésor et un diamant. Pour les besoins du clip, voilà donc notre Dorothée nationale transformée en Jane, à la mode des années 80 ! Le clip dure un peu plus de 6 minutes et comporte 75 plans, tous réalisés en studio et avec de très nombreux trucages. Heureusement, car à la fin, on voit Dorothée sur une broche prête à être rôtie !
En tout cas, aucun des ingrédients dignes d'une bonne aventure ne manquent et la sauce prend bien. A toi de déguster…
Dorothée et Douchka, les deux filles de l'été
TV Magazine - 25 Juin 1988
Elles sont blondes toutes les deux, et toutes les deux, bien sûr, belles, jeunes el dynamiques. Douchka, sur Antenne 2, et Dorothée, pour la Une, seront nos charmantes compagnes tout au long de l'été.
« C'est une lourde responsabilité que de plaire aux enfants, mais je crois que le monde magique de Walt Disney m'a appris une certaine façon de voir la vie : cela signifie avoir de l'humour, et posséder beaucoup de fraîcheur sans être niaise. »
Fille de l'actrice Pascale Petit et du chanteur-comédien Gianni Exposito, rose, blonde, pétillante du haut de ses vingt-deux printemps, Douchka ne fume pas, ne boit pas, ne sort pas le soir et, bien sûr (Mickey oblige!), n'a absolument pas peur des souris. Avec son émission, « L'Eté en baskets » elle sera, dix semaines durant, l'invitée d'honneur de l'été sur Antenne 2. Au total, presque trois heures de show quotidien le matin à partir de neuf heures: un invité trois fois par semaine, des chansons, les siennes et d'autres, un grand jeu « Sympas les balaises!» (Deux équipes de six enfants s'affrontent, les intellos contre les musclés), une variante de « La Tête et les Jambes » avec finale le samedi, le tout truffé, bien sûr, d'une pleine brassée de dessins animés. Réaliste, Douchka souligne: « Je pense toucher plutôt les huit quatorze ans. Peut-être même les adolescents plus âgés à cause de mes chansons très rythmées et dansantes. Mais je n'ai pas du tout l'âme d'une puéricultrice! »
VÉRITABLE MARATHON
A peu près dans la même grille horaire, et pendant également tout l'été, sur TF1, cette fois, se produira sa copine (et non rivale!) Dorothée. En tout pour elle, trois heures trente d'antenne tous les jours matin, après-midi et fin de journée un véritable petit marathon qui ne ressemble guère à des vacances pour l'autre blonde télévisuelle.
Mais comme c'est tout de même l'été, Dorothée et son équipe partiront toutefois en villégiature dans nos belles provinces et même plus loin: on les retrouvera ainsi au Maroc, et pour deux grands duplex à Los Angeles et au Japon. Au menu, des variétés, des dessins animés obligatoires! (dont une grande série inédite), et pour les chasseurs de trésors... chut, un grand jeu de piste courant tout l'été avec un cadeau chaque semaine et un super-cadeau en finale. Confiante, la patronne des émissions jeunesse de la Une, qui coiffe une équipe de 140 personnes, affirme : « Je n'éprouve jamais la moindre lassitude, car je n'ai pas l'impression d'exercer un métier. Je m'amuse beaucoup et les enfants, je crois, le sentent bien. » Bonnes vacances les p'tits loups!
Ph. D.
Pas une fausse note pour "Do"
Télé Magazine - 25 juin 1988
22 H. D'ANTENNE PAR SEMAINE
PAS UNE FAUSSE NOTE POUR « DO »
Avec ses 22 heures d'antenne par semaine, ses millions de disques vendus, ses spectacles affichant toujours complet, et ses contrats à l'étranger, Dorothée, du haut de ses 35 ans, est une artiste et une productrice comblée.
Il faut dire aussi que peu de gens peuvent assumer sans « craquer » une vie entièrement vouée au petit écran : 22 heures d'antenne par semaine, 7 heures et demi de direct le mercredi, ce qui signifie une vingtaine d'heures de travail ce jour-là et quasiment pas de vie privée le reste du temps. Ce n'est plus une carrière, c'est un sacerdoce! Pourtant, elle est entrée par hasard à la télévision.
UN ENTHOUSIASME INTACT
Lorsque Jacqueline Joubert a engagé Frédérique Hosthebé pour animer les « Mercredis de la jeunesse » avec la marionnette Blablatus, elle étudiait l'anglais à Censier et se destinait à l'enseignement ou au tourisme. Mais elle avait 20 ans et a foncé, pour devenir... Dorothée. Quinze ans plus tard, Dorothée n'a presque pas changé. Elle a vendu plus de dix millions de disques, elle est repartie sur TF1, a fondé sa propre maison de production, « AB production », a tourné deux films avec Robert Enrico et François Truffaut, a monté six spectacles pour les enfants, et est devenue directrice des programmes de la jeunesse pour TF1. Elle a toujours conservé son enthousiasme : « Je suis ravie, TF1 me fait entièrement confiance. Ce qui me plaît beaucoup aussi, c'est le côté humain de ce travail. D'abord parce que nous formons une équipe de copains très soudée, ensuite parce que, par l'intermédiaire du courrier et du minitel, nous sommes toujours en contact avec les enfants. Ce sont eux qui nous demandent tel ou tel feuilleton ou dessin animé, ce sont eux, finalement, qui choisissent ce qu'ils ont envie de voir ». Mais c'est Dorothée qui choisit le ton: un style précis pour chaque tranche horaire. On essaie de proposer des choses plus calmes à 7 heures 30, en semaine. Le mercredi on s'éclate, on bouge beaucoup, c'est un peu la boum avec les copains, en plus c'est sept heures et demi de direct, on se donne à fond, on invente des choses, c'est très stimulant. En revanche, le samedi et le dimanche matin, c'est encore autre chose. Là, en général, toute la famille regarde ». Et la famille c'est pour elle un concept très important. « Je ne suis pas du tout d'accord lorsque les gens disent que la télévision tue la vie de famille. Un sondage récent a prouvé que les enfants regardaient nos émissions avec leur maman. C'est pourquoi nous essayons de ne jamais expliquer un mot un peu compliqué, c'est le rôle des parents, pas le nôtre. Je le dis souvent, je ne veux remplacer ni les parents, ni les instituteurs, je suis la copine, c'est tout. En revanche, je suis très contente lorsque je reçois des lettres d'institutrices me disant qu'elles partent de mes émissions pour discuter avec leurs élèves le lendemain. Ça me touche beaucoup. »
GUEST-STAR AU JAPON
Cet été sera encore placé sous le signe de Dorothée. Elle a d'abord sorti son disque « Attention danger » et tourné le clip l'accompagnant : elle y rencontre caméléons, panthères, serpents, et mygales; des animaux auxquels le Dr Klein l'a habituée au cours des centaines d'émissions qu'ils ont faites ensemble. Puis, ce sera le repos bien mérité avant de partir
pour le Japon où elle sera la vedette d'un épisode de « Bioman ». Elle profitera de ces voyages pour proposer aux enfants des duplex en direct de ces pays lointains. Et à la rentrée, elle reprendra ses émissions avant de préparer son spectacle qui débutera au Zénith le 26 novembre. Histoire de prouver (mais est-ce nécessaire) qu'elle est une artiste accomplie, capable de chanter, de danser, et de jouer la comédie. Sacrée bonne femme !
Isabelle Basset
Dorothée, l’anti-star, vaut 250 millions de francs par an

France Soir – Vendredi 1 juillet 1988
Dans le show-business, monde composite où se mélangent la chanson, le music-hall, la télévision, quelle vedette, financièrement parlant, pèse le plus lourd? Une petite bonne femme de 46 kilos. On la connaît sous le nom de Dorothée. Mine de rien, sans que nul n'y prenne garde, elle s'est hissée au premier rang d'un hit-parade où la notoriété se conjugue avec une authentique réussite financière.
Il n'y a pas quinze ans, elle s'appelait Frédérique Hochedé et n'était qu'une toute jeune et frêle speakerine de la télévision. Aujourd'hui, elle est le pivot d'une véritable industrie du divertissement qui emploie 300 personnes et produit, au bas mot, 250 millions de francs par an. En chiffre d'affaires, naturellement ne pas confondre avec les bénéfices...
Vingt-cinq milliards de centimes, c'est énorme pour celle que l'on comparaît, il n'y a pas si longtemps encore, à une souricette. Dorothée, c'est l'anti-star. Elle n'habite pas à Neuilly dans un hôtel particulier, mais un trois-pièces cuisine dans le XVIIe arrondissement. Elle ne roule pas en Rolls avec chauffeur, mais se faufile dans Paris au volant d'une curieuse petite Jeep, sa queue de cheval en bataille.
Pas de bijoux
Pas de manteau de fourrure, pas de bijoux, mais une montre en toc au poignet et des bagues de pacotille aux doigts. Elle fait sa cuisine elle-même, arrivant quand même à se servir de son four à micro-ondes et de ses robots ménagers.
A-t-elle une vie privée?
Peut-être, mais elle la cache bien, et quel temps trouverait-elle à lui consacrer?
"Je n'ai pas d'homme, pas d'enfants dans ma vie; je n'ai rien d'autre que mon travail".
Raisonnement d'un systématisme qui laisse rêveur et dont on pensera que peu de jeunes femmes de son âge s'accomoderaient. Mais telle est Dorothée, et ce n'est pas en batifolant que la bonne et gentille fée qui, sans prétention, chante, danse et joue la comédie pour les enfants, est devenue l'animatrice et la vitrine d'une véritable usine ayant bureaux, avenue Kléber et studio, à Aubervilliers.
On y vend 1,5 million de disques par an. On y produit plusieurs émissions de télévision par jour. 130.000 fans peuvent être réunis au Zénith ou 600.000 dans les galas. Le complexe Dorothée édite aussi des jeux, des livres, des gadgets, achète sur le marché mondial 3.000 heures des meilleurs dessins animés, comme les Schtroumpfs ou Bisounours.
Pour les jeunes
La recette est simple: elle est la figure de proue d'un univers qu'elle a décidé de conquérir les jeunes. Aux hommes d'affaires, ses associés, de mettre en place la logistique. Ceux-ci, Jean-Luc Azoulay et Claude Berda, sont les mêmes qui, il y a dix ans, l'ont convaincue de sortir du petit écran pour paraitre sur une scène. Un pari que l'on a su gagné quand elle a vendu, l'année dernière, son dix-millionième disque.
Aujourd'hui, ce sont 1.200 heures de programme qu'ils livrent, clé en main, à TF1. A 120.000 F l'heure, faites le calcul: un très joli contrat.
Tout s'enchaîne : le label Dorothée devient le sésame qui permet de vendre, en disques et en livres, toutes les émissions achetées aux quatre coins du monde, de "Charlotte aux fraises" au "Chevalier du Zodiaque" ou "Bioman". Chaque matin, de l'usine, part un camion chargé d'albums à son effigie.
Et, pour que soit désormais dans ses meubles, on construit, à son usage exclusif, un nouveau studio de six mille mètres carrés, porte de la Chapelle, doté de l'équipement technologique le plus avancé.
Pierre Bruneau
Photo Lucien Jacquinot
Dorothée, l'idole des enfants, à Zygofolis

Nice matin - 4 juillet 1988
Dorothée, l'idole des enfants, a fait une apparition très remarquée à Zygofolis. Entourée de toute son équipe, l'animatrice, danseuse, chanteuse et comédienne, a aussitôt suscité un véritable délire chez ses jeunes fans. Dorothée, dont la gentillesse et la vie sans histoire en font, en dépit du succès, l'antistar par excellence, était venue tourner une nouvelle émission qui sera programmée prochainement sur TF1. Le grand parc d'attractions avait trouvé avec elle un surcroît d'animation dont ont pu profiter ses clients, petits et grands.
(Photo Gérard Castex)
Un tour de France et un tournage au Japon
Télé Star - 9 juillet 1988
Avec trois émissions par jour, Dorothée sera la véritable vedette des programmes d'été sur TF1. Mais cela ne lui suffit pas. Animatrice, productrice, chanteuse, conseillère de la direction pour la jeunesse, elle prépare une rentrée de « rockeuse » au Zénith. Mais qu'est-ce qui fait courir Dorothée ? Elle l'explique à Françoise Mobihan pour « Télé Star ».
- Télé Star : Quand voir Dorothée cet été ?
- Dorothée : Trois fois par jour en semaine (7 h 30, 10 heures, 16 h 45), le samedi à 9 heures, et le dimanche à 8. On emmène tout le monde en voyage pour un grand tour de France. Les premières étapes : la campagne normande, Deauville, La Baule, Bandol... Après, en août, je suis invitée à Tokyo, pour tourner deux séries japonaises dans le style de « Bioman ». Les Japonais sont très au courant de ce que nous faisons. Nous avons même décidé de coproduire des dessins animés. En attendant, les enfants pourront bientôt voir quelques produits bien français : « Rahan », « Pif et Hercule », « Toonie et Little ».
- En un an, vous avez conquis un énorme temps d'antenne à Tf1...
- Le bilan de cette première année est très positif. Avec vingt-deux heures d'antenne par semaine, même pendant les vacances, on frôle le double des six cents heures prévues au départ. Cela prouve que TF1 a compris à quel point le public des enfants est important... Et que ce public réclame autre chose que des émissions bouche-trous. TF1, maintenant, est vraiment la chaîne de la jeunesse.
- Jacqueline Joubert parle encore de votre départ d'A2 en termes très amers.
- Cela me fait de la peine pour elle. Je comprends qu'elle m'en veuille, mais ça passera, je crois, avec le temps. On ne coupe pas si facilement le cordon ombilical.
- À TF1, vous cumulez les fonctions : animatrice, productrice, responsable en titre des émissions pour les enfants et conseillère de la direction pour la jeunesse. C'est beaucoup, non ?
- Non, tout ça forme un tout, une sorte de travail en boucle, au service du public.
- Avec une maison de production qui marche bien, et dix millions de disques vendus en huit ans, Dorothée est-elle devenue aussi une femme d'affaires ?
- Surtout pas, je ne comprends rien à tout ça. Moi, je passe les commandes, et l'équipe se charge du reste. Très important, ce travail en équipe ! En plus, côté argent, je n'ai rien d'une engrangeuse, je serais plutôt du genre cigale. Ce qui me fait craquer ? Les vêtements surtout, puis ce que j'appelle les bêtises : les cadeaux, les gadgets...
- On vient de revoir, à la télévision, « L'amour en fuite » et « Pile ou face », les deux films que vous avez tournés. À quand le prochain ?
- Toujours pas de proposition, même après ces diffusions. Mais ce n'est pas grave. Je préfère avoir fait deux bons films, plutôt que quarante médiocres. Maintenant, j'attends d'avoir l'âge de Denise Grey pour jouer les grands-mères. Ça m'amuserait bien !
- Et la chanson ?
- Du rock très rock, au Zénith, à partir du 26 novembre. Et après, un mois de tournée en France. J'en profiterai peut-être pour faire quelques émissions à partir des villes où je passerai.
- Mais vos vacances à vous, dans tout ça ?
- Une petite semaine, je ne sais pas quand encore. Ça n'est pas vraiment important, puisque la vie que je mène ne me laisse pas le temps d'y penser. On me croit boulimique de travail, mais en fait je suis terriblement flemmarde. Vivre avec les enfants, est-ce vraiment un travail ? Si je commence à m'ennuyer un jour, c'est promis, j'arrête. Quant à eux, s'ils ne veulent plus de moi, ils ne se gêneront pas pour me le dire.
Françoise Mobihan
Dorothée ouvre son club

Télé K7 – 16 Juillet 1988
Depuis septembre dernier, Dorothée, transfuge d’Antenne 2, anime 22 heures d’émission hebdomadaire en direct sur TF1. Un exploit reconnu par les Américains !
Chanteuse et présentatrice, elle est la star préférée des enfants. Pourtant, aurait-elle réussi à mener la même carrière seule ? Certainement pas. Derrière Dorothée se profile une société, AB Productions, co-dirigée par Claude Berda et Jean-Luc Azoulay. « Lorsque la direction de TF1 nous a proposé de nous occuper de la tranche jeunesse, nous avons accepté, déclare Claude Berda. À condition d'en assumer les responsabilités à 100 %. » AB Productions était au départ une société à vocation purement discographique : au catalogue, outre Dorothée, on trouve Jacky et Emmanuelle. « Nous avions ressenti l'obligation de diversifier nos activités depuis plusieurs années, reprend Claude Berda. En créant une filiale de distribution de films, c'était un démarrage. La télévision, une suite logique. » Depuis que AB Productions a signé un accord de travail avec TF1, la société fournit donc 22 heures de programmes par semaine... Et vend des millions de disques grâce à cette fabuleuse vitrine. Aujourd'hui, AB Productions emploie 60 personnes à temps complet, et dresse 180 fiches de paie chaque mois. Comme le résume Claude Berda, « Pour être un producteur, il faut être puissant. Pour avoir cette puissance, il est important de créer du volume. À chacun de juger de la qualité ! »
Selon Claude Berda, les grands bénéficiaires de l'explosion de la télévision sont les Américains, « car la majorité des producteurs français sont en situation d'infériorité par rapport à eux. Et on ne fait rien pour que cela change. N'allons pas nous plaindre ensuite si nous sommes envahis par des dessins animés japonais ou américains. » AB Productions souhaitait justement produire 13 heures de dessins animés de conception nationale, au coût de 1,5 millions de francs l'heure. Elle a préfinancé la première heure... et n'a pu obtenir l'aide du CNC pour les suivantes. « Résultat, j'ai cessé la réalisation de cette série, et nous avons encore régressé dans ce genre de production. »
Des contrats américains
Cependant, Claude Berda ne se décourage pas , fort de ses réussites en France, Certains networks américains l'ont d'ores et déjà contacté. « Dès que des contrats fermes seront signés avec eux, nous pourrons relancer la produc tion de dessins animés en France, puisque nous aurons des débouchés autres que notre pays. Les Français sont des concepteurs géniaux, mais ils ne savent pas vendre leurs produits. Nous, nous raisonnons à l'envers. »
On a également accusé Dorothée de « truster » les émissions enfantines sur la Une. La réponse de Claude Berda est cinglante : « Il était hors de question de nous lancer dans cette aventure, incertaine au départ, sans quelques garanties. Quel est notre rôle ? Nous devions faire grimper l'audience de la Une, et la transformer en chaîne leader dans le secteur "enfance". Nous avons réussi : en moyenne, nous captons plus de 50 % de l'audience, alors que les gamins représentent un public particulièrement délicat. Il est normal que nous bénéficiions aujourd'hui d'une certaine considération. Et tant que l'audience se maintiendra, il en sera ainsi. D'ailleurs, au lieu de nous attaquer, ou de démolir Dorothée en permanence, les médias français devraient être ravis de notre succès. Nous ouvrons la voie ! » La société négocie en ce moment avec différents pays - le Maroc, le Canada et la Belgique - la vente d'émissions « clés en main », avec ou sans Dorothée. « Nous avons la possibilité de travailler avec les autres chaînes en France. Mais, nous ne le souhaitons pas pour le moment. En revanche, l'étranger ouvre des débouchés intéressants. À nous de savoir saisir les opportunités. »
Gérard Lasnier
Dorothée : "Mes tournages au pays de Bioman"
Télé 7 Jours – 6 Août 1988
LES VACANCES CONNAIS PAS! NOUS AVONS ACCOMPAGNE LA FÉE DES ENFANTS A TOKYO OU ELLE TOURNAIT A LA JAPONAISE, DES EMISSIONS ET DES FEUILLETONS QUE VOUS POURREZ VOIR PROCHAINEMENT
« Dans "Gyriaia », je suis une touriste étrangère perdue dans Tokyo ! Par hasard, je rencontre un jeune homme bizarre, Taro-Gyriaia. Une flèche mortelle manque de m'atteindre. Plus tard, on découvrira que je suis, en réalité, une détective française ! Dans « Liveman », je plonge dans une rivière ! Dans « Mask Rider black », je joue un professeur de cuisine française pour Japonaises bon chic bon genre. Un matin, dans ma cuisine, les objets se mettent à voler dans tous les sens ! »
Les yeux de Dorothée pétillent de malice. Pour la première fois de sa vie, elle est à Tokyo. Et très très heureuse dans sa nouvelle peau... japonaise. « Je suis venue tourner dans trois feuilletons, réalisés par la grande compagnie japonaise de production, TOEI. En France, j'ai été la première à présenter « Goldorak » et « Candy », produits par TOEI. Les Japonais ne l'ont pas oublié. Au MIP-TV – le Marché international professionnel de la télévision de Cannes, ils m'ont invitée à venir tourner chez eux et pour eux. J'ai dit oui aussitôt ! Voilà toute l'histoire de Dorothée au pays de Bioman ! »>
A Tokyo, Dorothée découvre la façon dont travaillent les « boys » de la télévision et de la production japonaises : « Ils savent vous mettre immédiatement en confiance. Ils sont efficaces et rapides: on répète une seule fois et on tourne. A la japonaise. Neuf fois sur dix, la prise est bonne ! Au début, le producteur m'a précisé ce que l'on attendait de moi. Il m'a raconté le scénario. Je n'ai pas pu le lire, il était écrit en japonais ! »
Au pays de Bioman, Dorothée pense aussi à tous ceux qui, en France, lui font un triomphe sur TF1. Tant pis pour les grincheux mais l'audience de ses émissions ne cesse de monter. Elle est venue pour voir et revoir la télévision (sept grandes chaînes nationales), pour acheter (éventuellement) des programmes et pour parler coproductions. Entre autres, dans le domaine des dessins animés. Pour ceux-ci, comme pour les séries, elle estime que les Japonais sont très en avance, largement devant les Américains. « Je dois assurer 22 heures de programmes par semaine, explique-t-elle, dont la moitié à base de productions françaises. Alors, il faut fournir !. Vous pourrez voir des extraits de ce que j'ai tourné dès la mi-août. Je serai aussi en duplex avec ma bande à Paris. J'ai enregistré vingt-cinq séquences que nous dispenserons au gré des émissions. »
Dorothée n'est pas du tout dépaysée à Tokyo. « Je préfère mille fois Tokyo à New York! Ici, j'ai l'impression d'être chez moi, à la maison. Je m'y sens bien, pas du tout agressée pour un sou. La ville est propre et calme. Les Japonais sont gentils. Ils ne s'énervent jamais. On les sent très proches des Français, beaucoup plus proches, par exemple, que ne le sont les Américains! D'abord, je crois que leur culture et la nôtre sont parallèles. Ce n'est pas la même, bien sûr, mais il y a un cheminement commun. Ensuite, je crois que les Japonais possèdent une sensibilité très proche de la nôtre. Tout cela nous réunit ! Et puis, ils aiment la chanson française, cela se voit et cela s'entend partout à Tokyo. Pour le 14 juillet, la NHK, la première chaîne, a même diffusé une émission consacrée à la chanson française. Ils aiment la culture française, la mode française, les vins français, la pâtisserie française... »
Dorothée est donc atteinte par le virus du Japon. « J'y reviendrai. J'ai envie de connaître le Japon traditionnel. J'ai envie de vivre à Tokyo. »
Pourtant, ici, Dorothée n'a pas le temps de faire du tourisme. Alors, de tournage en rendez-vous, de taxis en minibus, elle grappille. Elle essaye de voir ce qu'elle peut. Et, pour cela, elle ouvre des yeux « grands comme ça ». Le temple Meiji, Shibuya, le quartier de la jeunesse japonaise. Akihabara, l'empire de l'électronique ? Elle veut connaître. Elle en rêve. C'est sûr, elle reviendra. Dorothée ne se croyait pas connue à Tokyo. Pourtant, à peine était-elle installée à I'Imperial Hotel que des enfants sont venus frapper à la porte de sa chambre. Ceux du directeur de l'hôtel. Avec leurs parents, ils ont vécu trois ans consécutifs à Paris. Ils suivaient fidèlement ses émissions. Ils l'ont reconnue. Ils lui ont fait une vraie fête. Et puis, en se promenant au hasard des petites rues et des petites boutiques de Tokyo, de nombreuses lycéennes japonaises sont venues parler à Dorothée et se sont fait photographier avec elle. Bientôt, elles pourront suivre ses émissions à la télévision japonaise ! Car, bien sûr, la TOEI va revendre les séquences qu'a tournées Dorothée à de nombreuses chaînes : « Je suis assez fière, dit Dorothée, d’avoir été invitée par cette société de production. Cela montre bien qu’on nous apprécie et, un jour, ils diffuseront des dessins animés français… »
De Tokyo, François GAULT – Photos Nora Rydian
QUATRE HEURES POUR DEVENIR GEISHA
Pour vêtir Dorothée de ce somptueux kimono, il a fallu environ quatre heures! Et deux habilleuses. Sous le kimono, la Japonaise revêt une chemise et un sous-kimono. Neuf ceintures différentes lui enserrent la taille ou le buste. Chaque pli majeur doit être conservé à sa bonne place! Les bas font partie du kimono.
LEÇONS DE CUISINE
Dans le feuilleton « Mask Rider Black », Dorothée est un professeur de cuisine française. Ses élèves l'écoutent avec attention. Parmi eux, en kimono, Hitomi Yoshi, une actrice japonaise très connue des téléspectateurs japonais et des amateurs de cinéma. Dorothée ne s'est pas contenté de carottes et a déjeuné « à la japonaise », très vite, en prenant l'obento, petite boîte dans laquelle se trouve un mini-repas et deux baguettes. Un car de la production était à la disposition de Dorothée pour déjeuner et se reposer.
Avec Ryosuke Sakamoto, la vedette de « Bioman » et de « Liveman ». Un geste du bras pour devenir Force rouge.
















