Articles - 1985 - Page 4
- Dorothée : "Bonne fête maman et bonne fête grand-maman"
- Télébédéciné : Dorothée et Jacky à la clôture du festival
- « Télébédéciné » à Ajaccio – Un festival tourné vers la jeunesse
- Dorothée est magique
- Dorothée voudrait devenir une vieille femme indigne
- Dorothée, la gamine de nos gamins
- Dorothée : Un produit à part
- Noël non stop avec Dorothée
- Le piaf
- Dorothée et la séduction
Dorothée : "Bonne fête maman et bonne fête grand-maman"
Télé 7 jours - 1985
Elle arrive de la Guadeloupe où elle a tourné des séquences pour Récré A 2 et pas du tout fatiguée par les heures d'avion, elle nous a entraînés à Bourg-la-Reine près de Paris, pour une fête des mères et des grands-mères, avant la lettre... « J'ai toujours été en avance sur mon temps, plaisante Dorothée, et puis le 2 juin, jour de la fête des mères, je suis la vedette de Macadam, sur FR 3. Alors... » Un grand sac dans une main, un bouquet dans l'autre, suivie de son petit Yorkshire, Roxan, elle traverse rapidement le perron du pavillon.
Maman a aperçu sa grande fille par la fenêtre. Baisers. Regards tendres. Dorothée sort de son fourre-tout un paquet entouré d'une faveur rose:
« Regarde ce que j'ai déniché pour ta collection! » Jacqueline Hoschedé découvre une paire de chiens en porcelaine blanche. Tandis qu'elle les dispose sur une étagère garnie de livres et met les fleurs dans un vase, Dorothée explique : « Je suis venue en avance, pour vous... Mais pour rien au monde, je ne m'absenterais de Paris le jour où l'on souhaite Bonne fête maman» et « Bonne fête grand-maman ». J'ai en effet la chance d'avoir, auprès de maman, ma grand-mère Eugénie, sa mère. Elles habitent chacune un pavillon, sont presque voisines et, pour un oui pour un non, se rendent visite. Grand-mère, qui a quatre-vingt-cinq ans, veut encore faire du vélo, mais on le lui a confisqué !
Mamie Eugénie a d'ailleurs tenu à préparer un petit repas de fête. Fine cuisinière, elle réussit comme personne le pâté de lapin. Mais ne cherchez pas les gâteaux. Personne, ici, ne les aime beaucoup ! Trois femmes, trois générations, très près les unes des autres. On s'embrasse, on bavarde, les rires fusent.
Dorothée a passé son enfance dans ce joli pavillon de banlieue, et c'est son refuge à elle. « Quand ça va, et quand ça ne va pas, je viens ici rire ou me faire consoler. Ma grand-mère est une femme adorable, jeune d'esprit, plus moderne que moi. Je lui raconte mes joies, mes peines, elle me remonte le moral s'il le faut. Mais elle n'a jamais admis mon prénom d'emprunt. Je suis née Frédérique Hoschedé. Pour elle je reste Frédérique, ou même « Fred », pour simplifier ».
Rebaptisée ainsi par Jacqueline Joubert, responsable de toutes les émissions pour la jeunesse d'A 2 et qu'elle considère comme sa seconde maman, Dorothée-Frédérique a eu un peu de mal, au début de sa carrière, à faire accepter ce marrainage. « Mais je m'y suis faite, assure sa mère. Je connais bien Jacqueline Joubert. Je sais tout ce que lui doit ma fille, et nous sommes devenues très amies ».
« Ma famille, c'est vraiment très important pour moi, réplique Dorothée. Entre ma mère, ma grand-mère et mon frère Jean-François, qui est documentaliste au CNRS, et habite ici toute l'année, je me sens protégée. Et je m'arrange pour venir le plus souvent possible les embrasser. Le plus souvent possible, mais pas assez à son gré. Dorothée, star de la télé, idole des enfants, est une fille courant d'air. Entre les tournages, les enregistrements, (et il y en a encore plus depuis que « Récré A 2 » a son spécial matin, le mercredi), elle n'a guère de temps pour se détendre en famille. Et côté cœur ? « J'ai une vie privée, dit Dorothée... Un jour, peut-être, j'en parlerai. Alors attendons ! Après le déjeuner Jacqueline Hoschedé apporte le café sur le balcon, tout embaumé du parfum des lilas. Mère et fille se ressemblent beaucoup !
« Dorothée était une enfant gaie et espiègle, dit Jacqueline. Je me souviens d'un certain jour où une demi-douzaine de petits suisses ont volé à travers la pièce ! » Sa fille détourne la conversation. « Rappelle-toi plutôt les jolis dessins et les poèmes que je t'offrais pour la fête des mères. Aujourd'hui, je te dédie ma carrière. »
Le téléphone interrompt soudain ce moment de bonheur. Dorothée soupire. On la réclame pour un tournage à la Foire du Trône. Il faut partir déjà. Derniers baisers. Signes de la main.
Derrière elle, sur le divan, Dorothée a laissé une petite poupée un peu défraîchie que sa mère a retrouvée dans un placard. « Mamie l'a habillée d'un costume bleu marine, réplique exacte de l'uniforme que portait ma fille à l'école Notre-Dame de Bourg-la-Reine », dit Jacqueline. Avant de partir Dorothée parle de « Macadam»: « C'est une émission musicale écrite par Pascal Danel. J'interprète neuf chansons. Je suis une institutrice de charme, enlevée par Pascal Danel au volant d'une superbe Delahaye 1956. Patrice Laffont est un inspecteur d'académie dragueur ».
Pendant qu'elle tournait « Macadam » en robes légères par un froid glacial, sur les routes normandes, Dorothée a appris une nouvelle qui lui a réchauffé le cœur. Le réalisateur américain George Lucas a souhaité qu'après la version française, Dorothée enregistre la version anglaise des petits « Ewoks », chanson qui lui a permis d'entrer au « Top 50 ». « Le disque est un succès et les Américains vont le découvrir... J'espère qu'ils aimeront mon accent! Avec mon producteur, Jean-Luc Azoulay, j'en prépare déjà un autre pour tous mes petits amis », dit Dorothée...
Et, comme toujours, elle en réservera le premier exemplaire à maman et mamie qui, avec une Dorothée aussi dynamique, ont oublié de vieillir.
Lise GENET
Photos Alain Canu
Télébédéciné : Dorothée et Jacky à la clôture du festival

Actualités Corse – 16 juin 1985
Petite queue de cheval, lunettes sur le bout du nez, jupe blanche et chemisier gris froissées (c’est la mode !), bottes noires et léger sourire aux lèvres : C’est Dorothée… attendue par une nuée d’enfants elle leur a dédicacé des dizaines de programmes hier après-midi, entre les stands du festival Télébédéciné. Gentiment, discrètement, sans cris, sans effusion. Une vedette du petit écran, toute simple. L’anti-star !
Aussi timide, aussi effacé, Jacky, l’animateur-chanteur très bouillonnant très sautillant dans ses émissions télévisées, est lui aussi passé presqu’inaperçu malgré une chemise à carreaux noires et bleus, plutôt voyante !
Comme si le soleil de Corse leur avait filé un sacré coup de bambou sur la tête…
Applaudissements, ovation même, quelques instants plus tard où des centaines d’enfants étaient invités à l’Empire à découvrir le « bébé Schtroumpf » présenté bien sûr, par Dorothée. Une très belle fête pour les tout petits ravis par cette clôture du festival Télébédéciné. Les plus grands sont peut-être, eux, un peu restés sur leur faim.
« Télébédéciné » à Ajaccio – Un festival tourné vers la jeunesse

Nice-matin – 14 juin 1985
Le 3ème Festival Télébédéciné d'Ajaccio a été déclaré ouvert hier matin sur le boulevard Lantivy, c'est-à-dire sur fond de golfe d'azur, ce qui sied bien sûr à un festival, mais qui ravit aussi ces sacrés « moustachus » avec leurs drôles de petits bons-hommes.
Ni Angoulême, ni Lucca, ni Aix, le Festival Télébédéciné d'Ajaccio a son ambition résumée dans son titre. A l'heure où la télévision accorde aux films d'animation une part de plus en plus importante dans ses programmes, à l'heure aussi où le cinéma, grâce aux nouvelles technologies permettant d'aller de plus en plus loin dans les effets spéciaux empruntés à la B.D., prend un parti parallèle, à l'heure, enfin, où la France a décidé de jouer la carte du dessin animé à l'échelle industrielle, le Festival d'Ajaccio a voulu réunir non seulement tous les grands de l'édition européenne avec leurs auteurs et illustrateurs vedettes, mais aussi de nombreux spécialistes de l'audiovisuel et leurs partenaires artistiques et financiers.
C'est dans ce contexte qu'hormis le rendez-vous traditionnel que depuis trois ans les libraires, éditeurs et auteurs de B.D. donnent au public, un colloque sur le thème de l'avenir de la B.D. et du cinéma d'animation se tient aujourd'hui, deuxième jour du Festival. Des personnalités, habilitées à débattre de telles questions, comme M. Pierre-Bertrand Jaume, responsable de production de l'unité jeunesse à Antenne 2, Mme Mireille Chalvon, membre du Conseil national de la communication et de l'audiovisuel ou M. Silbereis, responsable des coproductions France Media International, participent à ce colloque. Mais qui dit B.D., télé et ciné, ou les trois à la fois, dit surtout jeunesse. C'est pourquoi, l'une des vedettes du Festival sera aussi Dorothée et son compère Jacky, désormais associés pour tous les téléspectateurs en culottes courtes aux Schtroumpf.
M.-M. P.-C.
Dorothée est magique
Nous deux – 2 juillet 1985
La carrière de Dorothée est unique. Elle nous réserve chaque jour une surprise. On la croit ici, elle est là-bas. On la croit sur une chaîne, elle est sur l’autre. Sa vie se déroule à un train d’enfer.
- Croyez-vous que j’aie le temps de faire des enfants ? lance-t-elle en guise de boutade.
Si elle n’a pas d’enfants, elle est, en revanche, la grande copine de millions de petites têtes blondes et brunes. Tout a commencé avec la télévision. C’était il y a dix ans. Elle abandonna son vrai nom, Frédérique Hoschedé, pour s’appeler Dorothée. À cette époque-là, elle affirmait à qui voulait l’entendre : « Je ne veux pas chanter. » Elle avait dix-neuf ans.
- Seuls les imbéciles ne changent jamais d’avis, dit-elle. Grâce au ciel, j’ai mûri.
Aussi, quand on lui a proposé d’enregistrer Rox et Rouky, la chanson du dernier Walt Disney, a-t-elle accepté de l’interpréter.
- Je n’avais aucune illusion. J’étais convaincue que ce serait un « bide ».
Dorothée manquait d’intuition féminine : Rox et Rouky s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires. Et son dernier enregistrement, La Valise, a déjà atteint le score de deux cent mille exemplaires. Ce triomphe de Dorothée a une explication : après Chantal Goya, elle est devenue l’idole du premier âge, ce public imposant de fans, qui se situe entre quatre et douze ans et suit fidèlement toutes ses émissions à la télé. Mais comment pourrait-il ne pas être charmé par le visage espiègle et le sourire malicieux de la jeune vedette aux cheveux longs et raides et à la frange malicieuse ?
- Avec Chantal, explique-t-elle, nous ne sommes pas en concurrence. Nous avons le même public mais non le même répertoire. Elle chante des musiques douces. Moi, j’interprète des mélodies gaies. Seul point commun : elle et moi aimons les enfants. Et ils nous le rendent bien ! Ils nous considèrent comme leurs grandes sœurs et nous écrivent abondamment pour nous demander conseil.
Pourquoi plaît-elle tant aux jeunes générations ? Les psychologues fournissent une réponse. La voix de Dorothée a un timbre juvénile que les enfants perçoivent parfaitement. Le très sérieux Nouvel Observateur l’a surnommée « la Piaf des mômes ». Elle reçoit mille lettres par semaine.
- Les enfants me racontent leur vie. Je suis aussi la petite fille de beaucoup de grands-mères.
Et les parents ne se plaignent pas. « Elle ne bêtifie pas, elle fait du culturel sans en avoir l’air », déclare un père de famille. Le parcours de Dorothée tient en quelques lignes. Un concours de théâtre, à Versailles, quand elle est en terminale. Jacqueline Joubert, ancienne speakerine, fait partie du jury.
- Jacqueline est ma seconde maman.
C’est elle qui l’engage à la télé. D’abord à TF1. Elle est licenciée en 1976. Elle revient l’année suivante, mais à Antenne 2, et cette fois, comme speakerine. En 1978, elle lance « Récré A2 ». Le succès est assuré.
Depuis, elle a tourné avec Truffaut, avec Enrico, donné des centaines de galas, participé à des centaines d’émissions, et s’est produite sur la scène de l’Olympia.
- Je vis sur les nerfs, conclut-elle. Et quand la fatigue me terrasse, je m’écroule devant la télé avec du saucisson et du thé. Je travaille beaucoup, au feeling, en chat écorché.
Le petit chat se porte bien et n’a pas fini de nous épater !
Dorothée voudrait devenir une vieille femme indigne
Télé Star – 12 août 1985
- Télé Star : Avec « Récré A2 Matin », vous voilà maintenant productrice. Est-ce que ça change quelque chose ?
- Dorothée : C'est pareil. L'après-midi, je fais ce que je veux de la même façon. Bien sûr, il y a des bases, avec Jacqueline Joubert nous choisissons et écrivons ensemble. Mais, devant la caméra, il ne reste plus que nous, les animateurs.
- Les enfants spectateurs influent-ils sur votre choix ?
- Tout à fait. Je les invite d'ailleurs à m'écrire s'ils le veulent bien et je fais mon émission en fonction du courrier que je reçois. Nous avons reprogrammé « Albator » qui nous était beaucoup réclamé et qui a fait sauter le standard lors du test que j'ai fait en direct sur l'antenne. Puisque ce sont eux qui regardent, autant qu'ils choisissent.
- Vous souvenez-vous de votre premier contact avec une caméra ?
- Oh ! oui. Et je n'étais même pas au courant. C'était pour mon premier essai à la télévision. Un jour, je reçois une convocation, j'y vais. On me met dans un coin, sur un plateau, et, pendant une heure, je reste seule avec des gens qui passent et me parlent ou m'ennuient. Devant moi, il y avait des caméras statiques et sans personne derrière, j'ignorais totalement qu'elles étaient branchées et que mes moindres faits, gestes et réactions étaient enregistrés pour savoir comment je passais et parlais à la télévision.
- Et si on vous donnait la direction d'une chaîne ?
- C'est le genre de responsabilité qui ne m'intéresse pas. Je n'ai pas de si grandes envies. J'aime avoir mon domaine et m'y bien sentir.
- Vous vous appeliez Frédérique. Pourquoi avoir changé de nom ?
- Ça a été tout à fait indépendant de ma volonté. Ce prénom, androgvne à l'oreille, est, paraît-il, dur à porter, surtout pour des enfants. Quand j'ai commencé à la télévision, Jacqueline Joubert m'a aidée à chercher autre chose et le prénom de Dorothée est venu tout seul. Après une première expérience, j'ai travaillé sous le prénom de Frédérique (dans « Réponse à tout »), rien n'a marché. Quand j'ai repris Dorothée, c'est reparti. J'en ai fait une superstition et plus personne ne m'appelle Frédérique.
- Même dans votre famille ?
- Dans ma famille, on ne m'a jamais appelée comme ça. Pour mon père, j'étais Marguerite ou Paulette et pour maman, Proserpine.
- Étiez-vous une enfant sage ou turbulente ?
- Les deux à la fois. Ayant eu une éducation très sévère - ce qui est très bien - je savais me tenir partout où m'emmenaient mes parents et je travaillais bien en classe. Mais, quelque peu bavarde, j'avais tendance à dissiper mes camarades et je jouais plus facilement aux cow-boys, aux Indiens ou à Zorro qu'à la poupée. La teinture d'arnica a défilé à la maison.
- Vous vous entendiez bien avec vos camarades ?
- J'étais souvent leur oreille, leur confidente. Bien que terriblement timide, je savais prendre une décision quand il y avait un problème; de la sixième à la terminale, j'ai été chef de classe. À Bourg-la-Reine, où je vivais, j'étais chef d'une bande composée exclusivement de garçons plus âgés que moi.
- Aviez-vous alors envie de faire un autre métier que celui que vous avez choisi ?
- Je voulais être archéologue... Jusqu'au jour où je me suis renseignée sur le contenu de l'examen : allemand, latin, grec, mathématiques... tout ce que j'aimais ! J'ai donc envisagé le tourisme, après un test d'orientation, On m'avait recommandé un métier à contacts humains.
- Le théâtre vous attirait déjà ?
- Oui, depuis la sixième, j'ai fait tous les spectacles de fin d'année, c'était même ce qui me préoccupait le plus dans mes études. Un de ces spectacles, « Un Caprice » d'Alfred de Musset, que nous avions osé monter et adapter en moderne (avec tutoiement, changement de prénoms et tenues en jeans) nous a valu de passer le concours inter-lycées de Marcelle Tassencourt à Versailles, où Jacqueline Joubert m'a remarquée.
- Parce que vous étiez particulièrement bonne comédienne ?
- Surtout parce que j'ai très bien réagi à deux accidents de parcours pendant la grande déclaration d'amour de mon partenaire : d'abord une bougie qui a commencé à mettre le feu à la table, ensuite un réveil intempestif qui s'est mis à sonner. Dans les deux cas, je me suis levée tranquillement pour « éteindre » les catastrophes, tout en écoutant le discours amoureux. Ce côté « direct » a frappé Jacqueline.
- Pourquoi ne vous a-t-on pas revue au cinéma depuis « L'amour en fuite » et « Pile ou face » ?
- Par malheur et par bonheur, j'ai commencé avec François Truffaut. Il aimait ma spontanéité, mon naturel, mon côté androgyne. Quand on a commencé à tourner, il s'est mis à réécrire le scénario chaque jour en fonction de ce que je faisais, avec des mots à moi. Mais on m'a dit, après, que j'avais mangé mon pain blanc. Avec Robert Enrico, c'était plus physique, il fallait que je tienne le coup entre Noiret et Serrault. En fait, j'ai eu ensuite plusieurs propositions, mais après deux films pareils, on se donne la peine de choisir le troisième. D'autant que, ne vivant pas du cinéma, j'ai la chance de pouvoir éviter les concessions. Je crois que je tournerai plus tard, vers quarante ou cinquante ans; je dis peut-être un truc idiot, mais c'est ce que j'ai dans la tête.
- Et la chanson, vous en aviez envie ?
- Pas du tout. Quand on m'a proposé de faire un disque, j'y ai mis une condition : ne pas chanter ! Je devais dire des poèmes, et raconter des histoires. Ça m'a vite ennuyée. Quand on m'a demandé de chanter deux phrases, pour une transition, j'ai vu que je chantais juste. Bien que têtue comme une Bretonne, je ne suis pas bornée, alors j'ai chanté les quinze chansons.
- Le quarante-cinq tours « Vive les vacances » est sorti en juillet, pour quand l'album ?
- Octobre-novembre. J'ai fini de l'enregistrer juste avant de partir pour la Louisiane. Ils ont acheté là-bas ma vidéo " Dorothée au pays des chansons " et m'ont demandé de venir les aider à promouvoir la défense de la langue française. Comme je ne connaissais pas du tout la région, c'était un peu des vacances.
- Vous n'aimez pas les vraies vacances, sans rien à faire ?
- Si, j'adore ça. Mais comme je n'ai plus l'habitude, j'ai peur de m'ennuyer.
- Quand verrons-nous votre prochain spectacle ?
- À Noël. Je n'en ai pas fait l'hiver dernier, parce que je ne le sentais pas et que je ne voulais pas que ça devienne une habitude. Mais je me suis rendue compte que ça me manquait terriblement. Sans compter les – gentilles - lettres d'insultes que j'ai reçues, de parents et d'enfants déçus.
- Quand vous ne travaillez pas, que préférez-vous faire ?
- Je reste chez moi, allongée devant la télévision, c'est ma décontraction.
- Vos émissions préférées ?
- Je regarde tout, toutes les chaînes, toutes les cassettes.
- Vous ne vous endormez jamais devant un film ?
- Jamais, j'en suis même incapable. Car c'est une chose épouvantable chez moi, je ne sais pas dormir. Parce que je suis un peu nerveuse, je mets déjà très longtemps à fermer l'œil et ensuite je me réveille toutes les deux heures. C'est très pénible, parce que je me lève encore fatiguée.
- Entre les disques de platine, les premières places au hit-parade ou les records de taux d'écoute, y a-t-il des distinctions qui vous flattent plus que d'autres ?
- Tout ce qui est récompense, diplôme, croix, etc. me fait toujours plaisir. Mais, sincèrement, les rubans officiels je m'en fiche un peu. Ce qui m'importe le plus, c'est, après le spectacle, de voir les enfants heureux.
- En fait, votre métier est votre distraction favorite ?
- Oui, c'est vraiment ma vie. Même quand, par hasard, je veux y échapper, il me rattrape. L'autre jour, je devais assister au montage de mon clip et j'ai exceptionnellement demandé à en être dispensée : je voulais déjeuner chez maman pour l'anniversaire de ma grand-mère. Eh bien, tous les voisins en ont profité pour défiler à la maison et ma réunion familiale s'est transformée en séance de dédicaces.
- Envisagez-vous d'avoir un jour un enfant ?
- J'aimerais beaucoup, mais ce ne serait pas du tout la même vie, je ne pourrais plus travailler autant. Alors il faudrait que je réfléchisse et que je choisisse... Et, si j'aime bien agir, j'ai horreur de choisir.
- Vous arrive-t-il d'être amoureuse ?
- Oh non ! C'est trop fatigant.
- Qu'est-ce que c'est que l'âge pour vous ?
- Une prise de conscience récente. L'autre jour, un jeune homme de vingt et un ans est venu m'interviewer. D'emblée, il me déclare : « Je ne vous demanderai pas de me raconter vos débuts. » Moi, je suis satisfaite de rencontrer quelqu'un qui sait se renseigner, mais voilà qu'il enchaîne : « Parce que je vous regardais quand j'étais petit. » Là. j'ai réalisé que ça fait quand même treize ans que je suis sur l'antenne. Mais, à trente-deux ans. pour moi, c'est toujours pareil. Je ne me sens pas grandie, pas vieillie. Dans la tête j'ai toujours quatre ans.
- Vous êtes-vous déjà imaginée en vieille dame ?
- Oui... J'adore me déguiser en vieille dame, c'est une passion et je me vois très bien arriver à un grand âge. J'espère vieillir comme ma grand-mère qui, à quatre-vingt-quatre ans. pète le feu et a toujours une humeur et une activité fabuleuses. J'aimerais devenir une sorte de grand-mère indigne.
- Et si un jour on vous oubliait ?
- Oh ! Ce serait la pire des choses. Tous les jours j'y pense, tous les jours je me dis que c'est une chose que d'autres ont connue. Le public est très dur. C'est mon gros cafard, ma principale angoisse. Mais j'essaie de me mettre en tête cette possibilité.
- Vous voyez-vous encore longtemps animer « Récré A2 » ?
- Je ne sais pas. Je pense que les enfants me feront comprendre qu'il est temps que j'arrête. Je crois que je saurai m'en rendre compte seule quand je m'ennuierai à le faire...
Michèle Laxteri
Dorothée, la gamine de nos gamins

20/20 Magazine – Novembre 1985
Dorothée plaît aux enfants. A beaucoup d'enfants, si l'on en juge par les chiffres Audimat (qui sont la concrétisation de l'audience télé). Et Dorothée ressemble à une enfant : toute en rose, souriante, queue de cheval et frange indisciplinée, maquillage « espiègle », un peu chétive, mais tellement gentille. Alors, bien sûr, la première question que l'on se pose est : la fonction crée-t-elle l'organe, et à force de cotoyer, et surtout de devoir séduire des enfants, Dorothée s'est-elle mise à leur ressembler? Ou bien est-elle ainsi « la petite », comme on l'appelle sur les plateaux ?
Elle a 32 ans, mais il faut bien dire qu'elle ne les fait pas, pas une ride sur son petit visage aigu. Et pas une once de graisse sur son corps: cellulite connaît pas, Dorothée. Et puis une sorte de façon d'être, pas tout à fait bébé, pas tout à fait femme, qui fait qu'en face d'elle on se demande quelle est la part du fabriqué et quelle est la part du vrai. Sa manière de parler de sa « maman », de rire avec cette spontanéité si particulière aux mômes, de s'habiller aussi, plutôt « teen »... Ce n'est pas possible, sur sa planète de Récré A 2, le temps doit passer bien plus doucement qu'ici...
« Je ne triche jamais. C'est probablement cela le secret, en admettant qu'il y en ait un, pour plaire aux enfants. Ils se foutent pas mal des apparences, ils voient les gens comme ils sont, non comme ils paraissent. Moi qui étais plutôt bouboule à mes débuts, on me considérait comme "bien" pour les gamins, étant entendu que les formes rondes les attirent. En grandissant, je suis devenue plus anguleuse, plus "dure", pourrait-on penser, et pourtant cela ne les gêne pas. Mais je n'ai ni recette, ni truc, ni combine pour plaire aux enfants. Ni à qui que ce soit, d'ailleurs. Je suis moi, femme enfant, c'est vrai, et je m'en porte très bien. Vous savez, quand Jacqueline Joubert m'a engagée, les speakerines étaient du genre sophistiqué, cheveux laqués, très femmes-femmes. Mais ce sont précisément mes cheveux noués, mes yeux qui battent et quelques bafouillages qui m'ont lancée. Parce que, justement, il ne s'agissait pas de "trucs" ».
Les débuts, c'était il y a treize ans. Puis l'aventure de Récré A2 (il y a 7 ans) avec un succès croissant. Et une « cible » (quel vilain mot!) qui s'élargit: aujourd'hui, de 2 à 12 ans, on connaît Dorothée comme une amie. Elle n'est ni une mère, ni une prof. Et les adultes ?
« Vous savez, les rapports de départ sont très différents selon que ces fameux adultes ont des enfants ou non. S'ils en ont, je suis l'amie des leurs. S'ils n'en ont pas, eh bien à eux de se débrouiller pour me classer, s'ils le souhaitent. »
Les enfants, oui, le mariage non.
Et les hommes, dans tout ça ?
« Ils ne font pas partie d'une catégorie à part. Ils m'aiment comme je suis, Cancer ascendant Poisson et heureuse de l'être, c'est-à-dire éternelle gamine. Ou ils ne m'aiment pas. Quant à la tentation de la sophistication, berk... J'ai déjà suffisamment horreur des séances de photos pour avoir envie de jouer ce genre de grand jeu - maquillage, parfum, frou-frou - dans la vie. Cela ne me ressemble pas. Je plains Karen (Chéryl) qui doit à chaque instant de sa vie être impeccable comme une poupée. Comme une star. Ai-je l'air d'une star, au fait ? »
Et puis, en vrac, elle raconte son envie d'avoir des enfants : « Deux, c'est bien, mon rêve serait d'avoir des jumeaux, de grouper, si l'on peut dire. ». Son hérédité qui, selon elle, lui vaut cette jeunesse de traits (grand-mère et mère paraissent beaucoup plus jeunes que leur âge, quant à son frère aîné, on le prend pour le second). Son goût du direct : « Si je répète, au moment de faire j'en ai marre »... Ses projets avec une sorte de profonde, d'évidente, de naturelle sincérité qui ressemble à s'y méprendre à celle des gosses. Juste un petit recul au mot de mariage : « J'ai vu trop de couples unis casser après avoir signé. » Elle montre surtout une énergie incroyable : fuite ou ambition?
1986 sera l'année Dorothée. Au programme: un disque (tout de suite), un grand spectacle coproduit par la mairie de Paris, Antenne 2 et Europe 1 (pour Noël), une tournée (en février) et... tout ce qu'elle n'avoue pas encore.
Dorothée : Un produit à part

Télérama - Novembre 1985
A l'origine de la réussite exceptionnelle de Dorothée, il y a le petit écran: en 1980, Dorothée anime Récré A2 et devient en très peu de temps la numéro 1 TV des enfants. Et puis c'est la rencontre avec Jean-Luc Azoulay, directeur général d'AB Productions. Dorothée enregistre un recueil de chansons traditionnelles avec ses amis de Récré A2: les Récré-amis sont nés. Puis Jean-Luc Azoulay écrit Rox et Rouky, d'après le film de Walt Disney, spécialement pour Dorothée: ce titre déclenche de très grosses ventes (1,5 million) et marque le début d'une très belle carrière. Depuis 1980, Dorothée a vendu 5,5 millions de 45 tours et I million de 30 cm affirme Jean-Luc Azoulay. Je pense qu'elle dépasse le catalogue pour enfants pour atteindre la variété grand public, bien que son public de base soit celui des enfants. Chez AB Productions, on considère que Dorothée est un produit à part, tant sur le plan de la démarche artistique qu'au niveau commercial: Il existe deux catalogues Dorothée, explique Jean-Luc Azoulay. Le premier est spécifiquement enfant avec les vieilles chansons françaises, l'histoire des Schtroumpfs et les génériques d'émissions TV.
Mais Dorothée effectue également une seconde carrière avec un album de variétés chaque année, duquel sont extraits un ou deux 45 tours.
D'ailleurs, les albums et les 45 tours vedettes de Dorothée sont classés à la fois dans le rayon variété et le rayon enfant. Dorothée ne fait pas partie du marché typiquement enfant qui est plus petit puisque l'on considère, dans ce marché, qu'une bonne vente de livre-disques représente 60 à 70 000 exemplaires; or, les ventes de Dorothée sont supérieures à de tels chiffres.
Jean-Luc Azoulay s'insurge cependant contre ce qu'il qualifie de discrimination marché pour enfants marché général : Les produits enfant sont des produits comme les autres. Sur le plan artistique, nous essayons de traiter les disques pour enfants de la même manière que les disques grand public avec, par exemple, des studios d'enregistrement de haut de gamme: les enfants aussi sont habitués à une qualité sonore ! » Et puis, il réfute la notion de marché saisonnier: Beaucoup de gens pensent que les produits enfant ne sont intéressants que pour Noël ; c'est erroné! Ils se vendent pendant toute l'année. A la période de Juillet-Août, qui sont réputés comme de mauvais mois pour la vente, notre catalogue continue de tourner. Sur le plan promotion, idem: avec la Cogedep, nous effectuons des opérations de présence dans les hyper, par des présentoirs par exemple, et cela tout au long de l'année (les ventes en hyper représentent 80% des ventes totales).
Lorsqu'on lui demande ce qu'il pense du livre-cassette, Jean-Luc Azoulay se montre très optimiste: «La cassette est fantastique pour les enfants: elle ne se raye pas, elle est facilement transportable et peut-être utilisée sur un appareil à piles. Je pense que le livre-cassette deviendra de plus en plus le support prépondérant pour les enfants.»
AB Productions a également une activité en rapport avec la diffusion de longs métrages: le 23 octobre, à l'occasion de la sortie du film « le secret de l'épée », avec les héros de la série les maitres de l'univers : Musclor et She-ra, un livre-disque est édité ainsi qu'un 45 tours et la musique du film.
En prévision également le 15 novembre, la sortie du nouvel album de Dorothée avec comme titre leader «Allo Monsieur l'ordinateur». Et puis le traditionnel spectacle de Noël de la chanteuse vedette, sous chapiteau, au pied de la tour Eiffel; suivi d'une tournée en France au mois de février. Beaucoup d'activité pour la chanteuse préférée des 7-12 ans !
- voir notre encadré concernant l'enquête réalisée par Loisirs Jeunes en collaboration avec Télérama et Antenne 2 auprès de 4 728 enfants, entre le 29 mai et le 5 juin 1985.
Clément Boulais, chef de produit chez Polygram Distribution pour le catalogue AB Productions, nous donne sa vision du marché enfant et ses objectifs.
« Notre objectif pour cette année a consisté à équiper un grand nombre de magasins, de présentoirs destinés à développer nos ventes par une exposition permanente et qualitative de nos produits.
Le marché enfant s'est modifié depuis trois ans dans deux axes :
1) au niveau du support, avec une très forte évolution de la musi cassette-livre dont les ventes ont maintenant rejoint celle des livre-disques
2) Au niveau du répertoire où l'on constate :
- Un ralentissement des ventes des comptines et chansons traditionnelles, exceptées lorsqu'elles sont remises au goût du jour grâce à l'interprétation d'une vedette de renom. Ainsi, notre série Dorothée "Le jardin des chansons" devrait s'imposer chez les disquaires traditionnels.
- Une très forte demande des plus jeunes pour leurs héros TV et cinéma. Sur cette partie du catalogue, de nombreux disquaires n'ont pas pris conscience de cette évolution. Le rayon enfants ne doit plus être saisonnier avec la période de Noël et les films de fin d'année, mais correspondre à la demande de l'actualité audiovisuelle de l'enfant. Le taux d'écoute de Récré A2 approche celui d'émissions de variétés à 20 heures 30 :
- Premier générique des Schtroumpfs: plus d'un million de 45 tours vendus à ce jour;
- Pac Man: plus de 100 000 45 tours, ainsi que les Maitres de l'Univers.
Nos efforts de marketing se sont portés sur la cassette-livre avec la création d'un nouveau blister, et au niveau des produits avec l'apport d'un plus, tel qu'un masque pour la chanson de Zorro, et des « dorothiquettes » adhésives dans le nouvel album de Dorothée. Les résultats des secteurs de la bande dessinée et du jouet nous rendent optimistes pour l'avenir. La tournée Schtroumphs, le nouvel album de Dorothée, nos séries TV et films de fin d'année devraient nous permettre de dépasser nos objectifs.»
Loisirs-Jeunes, avec l'aide de Télérama, et en liaison avec Antenne 2 a effectué, entre le 29 mai et le 5 juin derniers, une enquête auprès des enfants de 6 à 12 ans afin de connaitre leurs goûts en matière de livres, disques et jouets.
Il y avait deux questionnaires: l'un pour les 6-9 ans et le second pour les 9-12 ans. Pour la première tranche, 2856 réponses ont été prises en compte, et pour la deuxième: 1872.
Chaque questionnaire comportait trois questions:
1. Quels sont vos trois disques, livres et jouets préférés ?
2. La question n° 2 avait pour but de savoir si les enfants achetaient des produits dérivés, mais elle a été volontairement évacuée.
3. Une liste de 10 titres de disques, livres et jouets était donnée et les enfants devaient leur attribuer une note de 10 à 0, selon leur préférence.
Les réponses à la première question ont permis d'établir deux listes de dix chanteurs (puisque c'est la rubrique qui nous intéresse) par ordre de préférence des enfants.
Pierre Debuche qui a organisé cette enquête remarque que, grâce à des recoupements livre et disque, il apparait que deux éléments jouent un grand rôle dans le choix des enfants: les médiathèques, et les enseignants: ce qui expliquerait notamment les scores d'Henri Des et d'Anne Sylvestre qui ne bénéficient guère de support média.
Pour les 6-9 ans
1. Dorothée
2. Anne Sylvestre
3. Henri Des
4. Chantal Goya
5. Chanteurs sans frontières-
6. Pierre et le Loup.
7. Julien Clerc
8. Les Forbans
9. Michael Jackson
Pour les 9-12 ans
1. Chanteurs sans frontières
2. USA For Africa
3. Dorothée
4. Julien Clerc
5. Les Forbans.
6. Michael Jackson.
7. Renaud
8. Jean-Pierre Mader
9. Jeanne Mas
10. Légendes indiennes
Noël non stop avec Dorothée
Télé guide - 21 décembre 1985
Télévision, spectacle, disques, Dorothée est une boulimique de travail. Elle reconnaltrait aisément que cela ne la rend pas facile à vivre. Mais sa passion lui a déjà donné un immense plaisir puisqu'elle est devenue la coqueluche des 7 à 77 ans, détrônant ses deux consoeurs: Chantal Goya et Douchka. Et pourtant! A 20 ans, elle entre à A2 pour animer une émission enfantine. Elle se retrouve quelques années plus tard derrière le petit écran pour annoncer les programmes de la journée. Son physique de l'emploi ne la fait guère passer inaperçue aux jeux de Jacqueline Joubert (directrice des programmes pour la jeunesse). Convocation immédiate. L'histoire de Dorothée commence...
DEUX RENDEZ VOUS EXCEPTIONNELS...
Si vous n'aimez pas Dorothée, ne vous branchez surtout pas sur A2 le lendemain du Réveillon de Noël. Vous risqueriez d'être fort déçus. En effet, ce Mercredi 25 décembre lui est exceptionnellement réservé. A la grande joie des plus jeunes. Dès 9.15, Spécial Récré A2 matin, en compagnie de Chantal Goya et Karen Cheryl. Puis, L'académie des 9, où elle chante. Présentation de SVP Disney avec Willie aux environs de 15.40. Enfin à 17.30 sa comédie musicale inédite "Pour faire une chanson" avec l'inséparable complice Jackie sans oublier ses amis du Théâtre des Etoiles. Ce show a été filmé par la télévision Suisse Romande en 1985, mais créé en 1983 pour une tournée exceptionnelle à travers la France.
Mais pour ceux que le petit écran exaspère, ils peuvent se rendre au Champs de Mars, Dorothée les attend à 17H précises sous une structure géante qui peut accueillir plus de 3000 enfants. Et si vous ne pouvez assister à ce merveilleux spectacle, il se poursuit jusqu'au 2 janvier avec deux représentations. La première à 14 h 30. La seconde à 16 H. Remercions la Mairie de Paris et Europe 1 à l'origine de cette initiative car l'entrée est gratuite. Mais impossible que vous n'y fussiez pas. Pleine de vie, et de bonne humeur, Dorothée avec ses yeux malicieux a plusieurs tours dans son sac. Sous une silhouette fragile empreinte d'une grande sensibilité, elle ne pourra que vous divertir et vous donner à juste titre cette sensation de bonheur qu'elle a si bien réussit à inoculer aux enfants.
DOROTHEE, COTÉ JARDIN...
Quand elle n'est pas sur les plateaux de télévision ou dans les studios d'enregistrement, Dorothée se réfugie dans son appartement du 17ème arrondissement de Paris. Parmi ses milliers de bandes dessinées qu'elle se plaît à relire inlassablement. Son havre de paix n'est autre qu'un superbe atelier d'artiste aménagé et décoré dans un style bien particulier des années 1930. Fille unique, elle a parfois regretté l'absence de frère ou soeur qu'elle n'a pas eu! Mais alors, son amour exacerbé pour les enfants aurait-il eut sa raison d'être?
- Et s'il n'y a avait pas eu la télévision?
- Je ne sais pas. Bachelière, je n'ai pas voulu entreprendre des études supérieures. Mes parents ne m'ont pas obligée à continuer. J'ai une mère extraordinaire et une grand-mère à laquelle je voue un culte sans bornes".
- Quels sont vos passe-temps favoris?
- D'abord, la télévision. Ensuite, la vidéo. J'adore les films. Mais ce que j'affectionne particulièrement, ce sont les bandes dessinées (j'insiste)
- Vos projets pour l'année 86?
- Un 33 tours avec 16 nouvelles chansons et 10 clips vidéos. Une tournée pendant les vacances scolaires de février et mars. Ensuite, peut-être l'Olympia, voire le Palais des Congrès. Pourquoi pas? (Ça c'est moi qui le dit).
"Pas de film en vue. Car les propositions que l'on me fait ne m'intéressent pas. Et le théâtre, c'est beaucoup trop complexe. Plus tard, je ferai comme tout le monde. J'écrirai des biographies ou des livres pour enfants... mais je serai à la retraite.. »
A 31 ans, Dorothée n'envisage pas une retraite anticipée. «Je partirai quand les enfants l'auront décidé. Ils me feront savoir assez vite quand le moment sera venu de décrocher».
Pour l'instant, vu la popularité dont elle jouit, son absence prématurée porterait un grave préjudice (moral) à Antenne 2. La réussite parfaite de ses émissions et de ses spectacles réside dans la manière très personnelle de mener à bien ce qu'elle entreprend. Le plus que Dorothée peut apporter à ses têtes blondes qui ne jurent que par elle, est de les faire participer. Et oui! Force est de constater la popularité de Guignol qui continue à mettre les foules en délire. «Les enfants ont besoin de s'exprimer, de crier. Quand ils assistent à un divertissement auquel ils sont totalement étrangers, le phénomène d'osmose n'existe pas. Ils absorbent des images et se lassent assez vite.
COTÉ COEUR?
Difficile d'imaginer l'idole des plus jeunes dans la peau d'une parfaite ménagère voire d'une irréprochable mère de famille! Ce qui n'est pas exclu puisque tout ceci pourrait bien se concrétiser dans un proche avenir. L'heureux élu n'est pas Jacky, ni Willy, ses deux compagnons de route, mais un photographe qui se prénomme Patrice. A ses côtés depuis une dizaine d'années ils ne parlent pas mariage mais cela ne saurait tarder. Que ses fans se réjouissent, l'amie des mercredis après-midi et des dimanches matin ne les abandonnera... pas encore!
Les rendez-vous à ne pas manquer: 17.30 Dorothée et le trésor des Caraïbes (tous les jours dans Récré A2). Mercredi 25 Décembre: 9.15 Récré A2 Matin. 15.40 SVP Disney. 17.30 Pour faire une chanson (comédie musicale).
Gilda ATLAN
Le piaf

1985
Ce zoziau femelle, ou môme Piaf, est un passereau au long bec emmanché d'un cou fin, du genre déplumé, épais comme une bicyclette. Ses pattes filiformes, sa petite tête de piaf ornée d'un pic pointu donnent à ce rigolo pipit une silhouette pas piquée des piverts.
Piaffeur
Pas oisif, l'Oiseau ne peut rester en place ni fermer son bec : il est heureux de vivre et le fait savoir. Un éminent psycho-zoziologue écrit : « (II) semble ignorer la fatigue. Nul autre animal ne sait mieux que lui mettre à profit le temps dont il dispose et jouir de la vie (...) Il ignore l'ennui. »
Parmi les organes des sens, c'est l'œil qui est le plus aigu chez ce pointu titi, la vue d'un oiseau étant de cinq à huit fois supérieure à celle de l’Homme ! Grâce à ces mirettes mirifiques, miss Pipit repère de loin plein de trucs marrants à becter. C'est en effet une mini-prédatrice au gros appétit, qui ne laisse pas sa part aux vieux matous.
Elle n'a pas beaucoup de nez, malgré son maxi-bec. L'oreille, en revanche, est très fine, et c'est tant mieux car il faut de la feuille pour chanter juste. Et miss Piaf chante juste. Ce n'est pas un rossignol de la Scala, mais elle chante juste. Très simplement. Sans tralala.
Q.i! Q.i! Q.i!
C'est la voix qui, chez le Piaf, reste le trait dominant. Neuf fois sur dix, son chant est un signe de ralliement, miss Pipit étant un peu cheftaine sur les bords. Sympa, branchée, moderne, certes, mais toujours prête à siffler la fin de la récré.
Très intelligente, elle peut s'apprivoiser, mais elle est incapable de vivre en cage comme une simple perruche. Intelligente, elle l'est aussi avec les petits : ces derniers, très doro... - pardon - très dorlotés, reçoivent une authentique éducation et apprennent des tas de jeux poilants.
La miss reste joueuse, même adulte, mais quand elle se laisse adopter, c'est elle qui fait la loi et qui mène la danse. Et dire qu'on désigne par « têtes de piaf », les oies blanches et les étourneaux...
Si c'était un plat cuisiné
Une frite de chez Mac Donald. Ni lourde ni grasse, elle ne manque pas de sel.
Une sucette « Pipit qui chante » ou « Pierrot Gourmand ».
Si c'était un objet
Une capsule de Coca, ou le balai de Cendrillon.
Un élastique, dont les enfants frondeurs font des frondes.
Si c'était un personnage célèbre
Woody Woodspeaker. N'oublions pas que, jadis, miss Pipit fut Gallinacée.
Si c'était un slogan
Dodo, ro-rot, tétée.
Théodore O'Tey, poète de la Butte, a chanté Merlette l'Enchanteuse en quatre vers piaffants :
Le Piaf est dans le vent
Il a le vent en poupe
Bruyant brouillon bouillant
Il aime pas la soupe.
Dorothée et la séduction

Ile de France – 1985
Espiègle aux yeux rieurs, fragile comme une poupée, Dorothée anime avec entrain l'émission pour enfants sur Antenne 2 avec toute une bande de copains, de Cabu à Jacky. Délicat d'animer et de chanter uniquement pour un public d'enfants sans tomber dans la caricature. Dorothée a su y échapper.
• De ces deux catégories, quel type de séducteurs préférez-vous ?
D'après le choix, je préfère la séduction plus classique. Je préfère nettement Delon à Bashung.
• La séduction est-elle un concept démodé ?
Non. Ce qui est démodé, c'est le "métier" de séducteur, ceux qui vivaient pour séduire comme on peut en voir dans les vieux films avec une garde-robe savamment entretenue et les cheveux toujours gominés.
• Les éléments qui favorisent la séduction ? le pouvoir ? l'argent ? l'attrait sexuel ? la gloire ?
Sûrement pas le pouvoir et l'argent. J'aurais même des réflexes de fuite vis-à-vis d'eux, ce ne sont pas des éléments qui entrent en ligne de compte, le milieu non plus, je peux avoir des amis musiciens, comédiens ou danseurs. Par contre, l'important c'est le caractère de quelqu'un. Physiquement, ce sont les yeux, très importants les yeux d'un homme, le jeu de son regard.
• Votre définition de la séduction ?
Je n'aime pas les séducteurs, ceux qui séduisent physiquement. Ce n'est pas très marrant. Le "sois beau et tais-toi", ça existe aussi pour les hommes. Par contre, on peut parler de charme masculin, basé sur l'humour.
• Qu'est-ce qui vous anti-séduit ?
En ce qui concerne les hommes la liste serait trop longue à énumérer. Surtout le manque d'élégance, quelqu'un de mal élevé, de trop bruyant, quelqu'un qui me ferait honte avec des cheveux sales.
• Etes-vous une séductrice ?
Je ne cherche pas à l'être. Je suis gaie, j'ai des yeux enjoués mais c'est plus pour m'amuser, ce n'est pas un parti-pris. J'ai une séduction un peu bande dessinée, drôle, clownesque.



















