Articles - 1980 - Page 2

Rêve d’évasions

Le Figaro – 26 mars 1980

Quai de la Monnaie, la cacophonie des grues mécaniques et de la circulation des camions est telle qu'il faut hurler mes questions si je veux mener mon enquête personnelle. Serrault : « Je vous prends à témoin. L'instruction a conclu à un non-lieu. Je suis donc officiellement blanchi, mais cet inspecteur fait des heures supplémentaires et poursuit ses investigations. »
Noiret : « Je ne le nie pas ; mes supérieurs me blâment d'autant plus que je devrais m'occuper en priorité d'une affaire de drogue. Une affaire qui fait scandale en ville parce que le fils d'un notable est mort d'une overdose. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de harceler Morlaix. »

Je demande à Serrault-Morlaix la raison de l'acharnement du policier, tout en remarquant qu'il porte une cravate et un brassard noirs.

Serrault : « Je viens de perdre ma femme qui est malencontreusement tombée du sixième étage... Oui, j'habite une H.L.M. d'où l'on découvre le pont d'Aquitaine... Or Baroni m'accuse tout simplement d'avoir poussé mon épouse dans le vide. »

Je me retourne vers Noiret-Baroni qui porte le même costume gris et la même cravate noire que son adversaire. 

Noiret : « Je viens d'enterrer un camarade victime du devoir. Mais, comme Morlaix, je suis veuf. C'est peut-être pour cela que je le soupçonne d'un crime sur la personne de sa femme. J'espère le faire arrêter, mais je lui trouverai le meilleur des avocats. »

Antagonistes, au départ, on devine que les deux hommes, au cours d'une longue partie de bras de fer, vont se découvrir des points communs et que, finalement, ils ne pourront plus se passer l'un de l'autre. Nous quittons la terrasse du restaurant pour entrer à l'intérieur. Derrière les volets d'un bleu délavé, toute l'équipe de Robert Enrico travaille au milieu des tables et parmi les faux clients pour filmer un repas entre Serrault et Noiret. Au cours du déjeuner, le premier va présenter au second une jeune femme qu'interprète Dorothée, la speakerine de la télévision.

Serrault à Noiret : « Elle vous trouve sympathique. 

Noiret « Pas possible ? »

Serrault : « Non, mais j'aimerais que vous appreniez à Vous connaître. »

Plusieurs répétitions sont nécessaires pour régler, au centimètre près, les mouvements de la clientèle et du personnel. Dans les assiettes, les crevettes ont besoin d'être rafraîchies. Le bordeaux coule dans les verres, mais on le remet dans les bouteilles avec un entonnoir, au début de chaque prise de vues. 

Profitons d'une pause pour poursuivre notre enquête près de Dorothée qui ne cille pas le moins du monde lorsqu'elle déclare :
« Je suis persuadée que Serrault est innocent. Un homme charmant. Un jour, il avait ramassé mes paquets. Sa femme lui avait fait une crise de jalousie. Et c'est à l'issue de cette scène qu'elle est tombée d'un escabeau par la fenêtre. Nous sommes voisins. J'ai tout vu. »
Dorothée, qui avait déjà fait merveille dans la dernière comédie de Truffaut, vous regarde comme un griffon à travers la frange de ses cheveux. Adorée des enfants, elle vient de sortir un disque : « Dorothée au pays des chansons ».
« Cette fois-ci, on a pensé à moi parce que le personnage que je joue est effectivement speakerine à Bordeaux. Je suis la seule femme de ce drame qui me paraît un peu misogyne. »
Je parviens à coincer Robert Enrico entre le tuyau d'un grand poêle en fonte et une rangée de plantes vertes, orgueil du restaurant.
« Un film misogyne ? Non, mais il est évident que nos deux veufs n'ont pas été très heureux avec leurs épouses. A qui la faute ? Ce n'est pas la question que pose Volte-Face. A travers une enquête sur la drogue, et celle que conduit pour son compte Baroni, nous voulons montrer deux hommes qui se remettent en question. Mal à l'aise dans leur peau, dans des fonctions contraignantes, ils rêvent l'un et l'autre d'évasion. Un rêve qu'il n'est pas toujours facile de réaliser, même dans un port comme Bordeaux. »
Robert Enrico ne cache pas sa joie de retrouver Philippe Noiret, avec qui il a fait Le Vieux Fusil. Le comédien se retrouve avec plaisir au pays de François Mauriac dont il a incarné Bernard Desqueyroux. Quant à Michel Serrault - Dustin Hoffman vient de déclarer que ce comédien est un des plus grands de notre époque -, il n'a pas fini de nous surprendre. C'est le même qui risque d'avoir un Oscar pour La Cage aux folles, et qui est peut-être le criminel roublard de Volte-Face.

Pierre Montaigne.


Dorothée au pays de la chanson

Est Télé Flash – 7 juin 1980

Elle présentait, elle interprétait, elle animait, elle chante maintenant... Dorothée, jusqu'à ce jour, c'était pour les enfants l'idole qui anime le mercredi après-midi sur Antenne-2 : Récré A-2, pour les plus grands c'était le symbole de la fille idéale, rassurante, sympathique qui en annonçant les programmes de la soirée à la Télévision, est capable de rendre passionnant l'annonce la plus ennuyeuse du documentaire le plus rébarbatif. Pour les cinéphiles, c'était encore l'an dernier la découverte de François Truffaut, la partenaire de Jean-Pierre Léaud dans « l'Amour en Fuite ». C'est aujourd'hui la seule femme face aux talentueux Philippe Noiret et Michel Serrault dans le prochain film de Robert Enrico : « Volte-Face ». Et Dorothée, animatrice par hasard, parce qu'au Lycée, où elle interprétait une pièce d'Alfred de Musset, Jacqueline Joubert l'avait remarquée, comédienne sans avoir pris le moindre cours parce que son regard d’« Anti-vamp » avait séduit François Truffaut, est, tout naturellement (!) devenue chanteuse.
Et comme cette petite bonne femme d'un mètre soixante et quelques et de 45 kilos ne fait rien comme les autres, son premier enregistrement est à nul autre pareil. Un conte musical naturellement destiné aux enfants, mais que les adultes ont parfaitement le droit d'écouter et qui raconte comment Dorothée (au lait) et son petit chien Olive se retrouvent, tout-à-fait fortuitement, dans un pays merveilleux où les chansons ressemblent comme deux notes de musique à des êtres humains: il y a là, la chanson comique: Henri Golo, la chanson triste: Petit Blues, la chanson Militaire : Le Général, la vieille chanson, la chanson ratée (eh oui, ça arrive!) et surtout les terribles, les malfaisantes Dissonances, des envahisseurs venus d'on ne sait où et qui n'ont qu'un but: détruire jusqu'au dernier refrain toutes les gentilles chansons...
Heureusement Dorothée (citron) veille et vous découvrirez les mille et une péripéties de cette histoire tout en entonnant les airs qui, dans quelques semaines, seront sur toutes les lèvres: « Viens t'amuser», « La chanson des Animaux », « Une Fille qu'est-ce que c'est », « Chante nous » et bien d'autres encore...
Dorothée au pays des chansons (AB productions) constitue pour cette jeune fille aussi active qu'occupée une expérience. Elle avoue sept ans de piano classique, une citation au fameux concours Nerrini , mais n'avait jamais fréquenté le moindre studio d'enregistrement. Elle s'est intéressée à la technique, à tout regardé, tout assimilé. Aujourd'hui, afin de mettre, pour votre plus grand plaisir, toutes les chances de son côté, elle s'active à répéter les chorégraphies. De l'ensemble de ces mélodies. Lucide, elle attend l'avis de son public, charmé par son physique mais aussi par sa manière si particulière de cligner les yeux et qui n'a rien à voir avec la moindre forme de myopie...
Ecoutez « Dorothée au pays des chansons », un disque où l'on s'adresse aux enfants aussi simplement qu'à des adultes et retrouvez l'espace d'un 33 tours, ce qui manque peut-être le plus à l'univers des années 80: le rêve, le sourire et la gaieté...


Dorothée : « Je n’ai pas envie de choisir entre le cinéma et la télévision ! »

Femmes d’aujourd’hui – 18 juin 1980

Elle présente les programmes d'Antenne 2. Elle anime « Récré A2 » tous les mercredis après-midi, une émission pour ces jeunes dont elle est à la fois un peu la grande sœur et incontestablement l'idole. Elle joue aussi la comédie dans « Volte-face », le dernier film de Robert Enrico qui sortira sur les écrans en août, aux côtés de Philippe Noiret et de Michel Serrault. Et voilà qu'elle chante. Elle vient en effet d'enregistrer un 30 centimètres en forme de conte musical, « Dorothée au pays des chansons ».
Car elle, bien sûr, c'est Dorothée, farfadet blond au sourire espiègle, au regard limpide, au charme qui dose harmonieusement force et fragilité, autorité et douceur. « A priori, chanter ne me tentait pas, avoue-t-elle. Et puis, malgré tout, j'ai eu envie de tenter l'expérience ». Rapidement d'ailleurs, l'entreprise se révéla captivante.
« Tout le monde s'est passionné pour ce projet et on a tous travaillé avec beaucoup d'enthousiasme », dit-elle en ajoutant qu'elle n'a pas l'intention de persévérer dans la chanson, mais qu'elle espère tout de même bien voir ce disque devenir une comédie musicale à la télévision pour les fêtes de fin d'année. Pour elle, tout tourne autour du petit écran et tout y revient. Jusqu'au cinéma puisqu'elle est speakerine régionale dans « Volte-face », son second film après « L'amour en fuite » de François Truffaut.
« En tournant avec Truffaut, je réalisais un rêve de petite fille. A ce moment-là, j'ai vécu dans une bulle de cristal. Mais sur le film d'Enrico, en vivant vingt-quatre heures sur vingt-quatre durant trois mois avec une équipe, les prises de vues se déroulant à Bordeaux, j'ai mieux compris ce qu'était le cinéma ».
Une prise de conscience qui lui fait dire qu'elle aimerait « continuer à faire du cinéma mais sans abandonner la télévision... En fait, je n'ai surtout pas envie de choisir ».
Son rôle dans ce film ? « Une jeune femme moderne, dynamique, témoin dans une enquête policière... » Une jeune femme qui lui ressemble et pourrait bien, comme elle, s'en remettre souvent aux mains de ce hasard qui la fit entrer, voici sept ans, à la télévision.
Au lycée, elle faisait du théâtre en amateur et, lors d'un concours inter-lycées, elle fut remarquée par Jacqueline Joubert. Quelque temps après, celle-ci proposait à la jeune fille (qu'elle baptisa Dorothée) d'animer quatre heures d'émission en direct avec des enfants. Elle accepta et, d'emblée, son public enfantin fut conquis. « Les enfants sont vraiment étonnants. Je leur parle sans préjugé, je les traite en grandes personnes, sans bêtifier, et c'est ce qu'ils attendent. D'où cet accord entre eux et moi ».
Trop dynamique pour se sentir tout à fait à l'aise dans son rôle de femme-tronc, elle admet qu'une speakerine n'a guère l'occasion de « s'éclater ». « Mais il y a souvent des imprévus et c'est le côté intéressant ». Ce qu'elle aime aussi à la télévision, quand elle anime ses « Récré A 2 », c'est le direct, le risque, « se débrouiller seule ».
Et à vingt-six ans, avec un talent aussi spontané qu'indiscutable, Dorothée est en train de se faire un nom avec son prénom. Même si elle se refuse encore à faire des choix définitifs. Ses multiples activités lui laissent-elles le temps d'avoir des loisirs et une vie privée ? « Avec tout ce que je fais, je n'ai guère de temps de libre... Je prends des cours de danse, mais irrégulièrement. Quant à ma vie privée, ça c'est mon coin réservé ». Et elle dit cela avec un tel sourire que l'on aurait vraiment mauvaise grâce à insister.

CHRISTIAN GONZALEZ


Les jumelles qui ont changé la vie de Dorothée

OK ! – 18 juillet 1980

Dorothée, vous la connaissez toutes : c’est cette ravissante speakerine qui anime « Récré A2 » chaque mercredi après-midi. Mais savez-vous que, comme sa consoeur Denise Fabre, Dorothée adore, elle aussi, des petites jumelles. En effet, elle porte dans son cœur deux petites filles, Anne et Emilie, âgées de 5 ans à peine. Mais, me direz-vous, Dorothée n’est pas mariée. Eh bien, nous allons tous vous avouer. Ces deux ravissantes jumelles ne sont pas les filles de la présentatrice, mais ses meilleures amies. Depuis que Dorothée les a rencontrées chez son producteur Jean-Luc Azoulay, elles ne se quittent plus. Ce fut un véritable coup de foudre.

Bien entendu, durant l’année scolaire, les enfants vont à l’école, mais dès qu’elles ont un moment de libre, Dorothée est là pour les amuser. Ensemble, elles vont souvent faire de la balançoire ou applaudir Guignol dans les jardins de Paris. Elles mangent des gaufres et de la barbe à papa en riant comme trois sœurs. « Elles sont mon rayon de soleil », nous a confié Dorothée. « Je travaille énormément et entre mes apparitions à la télévision, le film que j’ai tourné et mon disque sorti ce printemps, il ne me reste que peu de temps à consacrer aux loisirs. Alors dès que je retrouve mes « copines » Anne et Emilie, j’oublie vite ma fatigue et les tracas de ma journée. Elles sont la joie de vivre en personne ! Je peux dire qu’elles ont changé ma vie ». Quant aux jumelles, dès que l’on prononce devant elles le nom de Dorothée, leur visage s’éclaire d’un large sourire et en chœur elles s’écrient : « Dorothée, mais c’est notre grande sœur ! On rêverait d’habiter avec elle tout le temps. »


Dorothée dans "Pile ou face"

Photos de presse


Dorothée à la TV : l’idole du mercredi

Jours de France – 9 août 1980

ELLE a pour nom un prénom : Dorothée. Chaque mercredi, pendant deux heures, sur Antenne 2, Dorothée, animatrice de l'émission vedette des jeunes : « Récré A. 2 », est l'idole et la récompense des enfants sages.

Découverte par l'ex-présentatrice Jacqueline Joubert - actuellement responsable des émissions pour la jeunesse – au cours d'une représentation d'amateurs dans un lycée où elle interprétait une pièce d'Alfred de Musset, Dorothée accomplit ses premiers pas au petit écran et, très rapidement, ses seconds au grand : François Truffaut en fit l'une des partenaires de Jean-Pierre Léaud dans « L'amour en fuite ».
Aujourd'hui, elle joue résolument sur les trois tableaux : la télévision, où elle est devenue la grande star des petits; le disque, avec un conte musical sur 33 tours; et le cinéma, avec la production de Georges Cravenne, « Pile ou face », un film de Robert Enrico, adapté d'un « Série noire » américain et dialogué par Michel Audiard. Dans « Pile ou face », qui sort cette semaine, elle partage le générique avec Philippe Noiret et Michel Serrault.
Dorothée, jeune fille de bonne famille qui préparait une licence d'anglais, est venue au show-business par hasard. Après avoir beaucoup douté, elle a fini par y croire. Elle est décidée à aller loin. Et vite. Jacqueline Joubert, dont le « flair » pour découvrir les débutantes de talent est légendaire, dit qu'on n'a pas fini de parler d'elle et qu'elle a la taille de ses ambitions. Façon de parler : Dorothée a 1,60 m !

Ch. B.


Dorothée ou la force du destin

Le Matin - 11 août 1980

Dorothée est comme un petit roman à la mode. Elle ne pensait pas devenir un jour présentatrice à la télévision. C'est Jacqueline Joubert qui la remarqua, lors d'une représentation théâtrale donnée par son lycée. Le cinéma, elle n'y songeait pas davantage. Truffaut l'engagea par téléphone pour l'Amour en fuite. Puis ce fut au tour de Robert Enrico. Il lui offrit, sans faire d'essai, un premier rôle féminin, aux côtés de Philippe Noiret et Michel Serrault, dans Pile ou Face.
PETITE fille, Dorothée rêvait de devenir une grande actrice. Fred Astaire dormait tous les soirs dans son lit. Elle fonçait à toutes les comédies musicales projetées au cinéma et avait déjà vu quatre fois Singing' In The Rain. Mais par une marque de fierté et de caractère, elle enfouit, une fois adolescente, les ambitions encore molles et malléables de son enfance dans les régions inaccessibles de l'oubli.
Une page était tournée. Celle des illusions. Et lorsqu'elle s'inscrivit à ta faculté pour entreprendre une licence d'anglais, elle donna d'elle l'image parfaite de la jeune fille studieuse.
Ce n'était que « pour du beurre » qu'elle avait participé, peu de temps auparavant, en terminale, aux représentations théâtrales de son lycée. Et pourtant, déjà, Jacqueline Joubert l'y remarqua. Elle venait de commencer ses études à l'université lorsque l'ancienne speakerine lui proposa d'animer les premiers mercredis de la jeunesse sur TF1. Mais, bientôt, l'émission prend fin, et Dorothée connut le chômage, les animations de supermarchés et le secrétariat.
Un concours de présentatrice sur Antenne 2 l'extirpa du marasme des vaches maigres. Très vite, elle se bâtit une célébrité. La France des messieurs fut émue au plus profond par sa frimousse blondine et un plissement singulier du regard qu'elle effectuait volontiers et qui la faisait ressembler au plus charmant félin domestique que le monde animal ait jamais engendré. Et lorsqu'un jour, un journaliste s'enquit auprès d'elle de son intérêt pour le cinéma, elle lui rit au nez : y faire carrière était bien trop beau pour que ça lui arrive, pensa-t-elle tout haut. Deux ans plus tard, Truffaut l'appela. Il avait écrit pour elle un rôle sur mesure dans l'Amour en fuite. Les fées ne l'abandonnèrent pas. En mars dernier, Robert Enrico à son tour lui confia un rôle. Laurence Bertil, le premier personnage féminin de Pile ou Face. Elle n'a d'ailleurs pas tout à fait cessé d'être Laurence Bertil car, dit-elle, Laurence c'est un peu elle : une femme libre, indépendante, déterminée. Mais elle a vite retrouvé le mauvais caractère qui manquait au personnage de Pile ou Face et qu'elle revendique pour elle-même.
C'est donc avec son mauvais caractère qu'elle a réintégré aujourd'hui sa loge de présentatrice de la rue Cognacq-Jay. Un yaourt et une pêche à portée de la main, le pantalon défait « pour faciliter la digestion », elle peste contre le téléphone, « ce truc qui ne s'arrête jamais de sonner ». Elle joue l'impatience avec une malice toute féminine, affirme qu'elle ne cesse de dévaliser les magasins, mais qu'elle n'a jamais rien à se mettre, et touche du bois lorsqu'on lui parle de chance, en jurant qu'elle n'est pas superstitieuse. A vingt-cinq ans, Dorothée a l'aisance et les caprices de ceux dont la réussite est encore toute fraîche. Mais qu'importent ces fausses notes qui n'agacent que les autres, pourvu qu'on vive ardemment.
Marlène Amar


Dorothée : « Vas-y fonce », me disait Serrault et je n’avais plus le trac

France-Soir – 12 août 1980

Monique PANTEL

DES yeux marron, un petit visage pointu, un charme acidulé, Dorothée est speakerine sur A 2 depuis bientôt quatre ans. Chaque mercredi, en direct, elle anime en outre, avec intrépidité, gaieté et fantaisie, une émission pour les jeunes, « Récré A 2 ».
Aussi différente des speakerines classiques qu'un chaton malicieux est différent d'un chat siamois, 'Dorothée ne limite pas ses activités à la télé. Après « L'amour en fuite », où François Truffaut lui fit faire ses débuts au cinéma, elle récidive dans « Pile ou face », où Robert Enrico lui a donné pour partenaires deux des plus grands comédiens français, Michel Serrault et Philippe Noiret. Dans le studio de la rue, Cognacq-Jay, elle parle tout en gardant un œil fixé sur l'écran de contrôle.


- C'est votre second film. Pensez-vous être maintenant une comédienne professionnelle ?
- Franchement, je ne sais pas. Je déteste me voir. Je pense toujours que j'aurais pu mieux faire. Dans « L'amour en fuite », j'étais sur un nuage. C'était un film très intimiste. Je ne me
posais pas de questions. Dans « Pile ou face », tourné à Bordeaux avec une grande équipe, j'étais passionnée. Je passais mon temps à regarder autour de moi.

- Était-ce drôle, fascinant ou angoissant de jouer avec Noiret et Serrault ?
- C'était paniquant. Dans « l'amour en fuite », j'étais tellement occupée à rassurer Jean-Pierre Léaud que je n'avais pas le temps de penser à moi. Mais là, j'étais effrayée, surtout par Noiret, qui est si grand et si costaud. Je devais avoir l'air très décontractée et lui dire des insolences. Cela était très dur. Serrault est plus petit, donc plus près de moi par la taille. Il est très calme, très pince-sans-rire et quand il voyait que j'avais le trac, il me disait : « Vas-y, fonce.» Cela me décontractait. A côté de lui, on se sent bien.


- Quelle est la différence entre la télé que vous connaissez bien et le cinéma que vous découvrez ?
C'est complémentaire. La télé, avec l'émission en direct « Récré A 2 », je fais le pitre, je m'amuse. Je suis moi-même pendant deux heures. C'est le cirque. Avec l'équipe, on participe à tout. Au cinéma, c'est le contraire. On vous prend en charge, on vous maquille, et on vous dit ce qu'il faut dire. Avec un dialogue aussi superbe que celui d'Audiard, à la fois tendre, dur et drôle, pas moyen de changer un mot. Mais surtout, au cinéma, il ne faut pas comme à la télé regarder la caméra. En tournant « Pile ou face » j'ai appris la patience et aussi la vie loin de chez soi, parce que nous étions à Bordeaux.


- Aimeriez-vous être speakerine en province ?
- Non. J'aime trop Paris.


- Après avoir fréquenté dans un film les deux veufs de « Pile ou face », que pensez-vous du mariage ?
- Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ne donne pas envie de se marier, mais je suis sans opinion. Je ne suis pas mariée mais je n'ai rien contre le mariage.


- Jamais deux sans trois. Aimeriez-vous tourner un autre film ?
Bien sûr. Je croise mes doigts pour que « Pile ou face » me porte chance.


« Pile ou face »

France-Soir – 12 août 1980

Robert CHAZAL


C'est à un impitoyable jeu du chat et de la souris que nous invite cette fois Robert Enrico, metteur en scène des « Grandes Gueules » et du « Vieux Fusil ». Un jeu d'autant plus fascinant que le Chat (Philippe Noiret), veuf et policier, et la Souris (Michel Serrault), veuf et suspect, obéissent l'un et l'autre à des motivations qui ne seront vraiment expliquées que dans la dernière partie du film.
Il y a donc un double problème. Serrault a-t-il « aidé » sa femme à tomber par la fenêtre ? Noiret s'obstine-t-il à prouver la culpabilité du suspect par simple conscience professionnelle ou par insistance maniaque ? Ce qui brouille encore les cartes, c'est que les deux hommes, adversaires du fait des circonstances, deviennent indispensables l'un à l'autre et sont même tout près d'être de vrais amis.


La solitude
En même temps qu'intrigue policière, ce récit est donc aussi une étude psychologique, celle de deux êtres souffrant l'un et l'autre de la solitude. Ils cherchent inconsciemment ensemble la meilleure façon de panser, peut-être même de guérir, les blessures d'une vie pas tellement bienveillante. Mais si ces deux personnages, ces deux grands comédiens occupent constamment le devant de la scène, l'environnement a aussi son importance. D'abord la ville de Bordeaux, constamment présente, et puis des personnages secondaires mais significatifs. En premier un témoin, une présentatrice de télévision, jouée par Dorothée, qui devient confidente et finit même par être un lien entre les deux hommes. Elle apporte, au second plan, la note de charme et de tendresse qui, sans elle, aurait manqué au film.
Et puis le policier n'est pas seul : il a une fille gentiment attentive, un collègue agressif et des chefs un peu caricaturaux, en tout cas inhumains, tant l'arrivisme ou la peur de perdre un fromage les habitent. Il faut encore compter avec les autres enquêtes menées par les policiers, notamment une affaire de drogue aux répercussions dangereuses pour la « haute société », ce qui donne des scènes cruelles, et aussi un beau morceau de virtuosité pour une suite de descentes rapides dans le monde bizarre des intoxiqués.
Philippe Noiret et Michel Serrault ont fait une composition d'une richesse et d'une sensibilité qui est l'essentiel du spectacle. Leur performance est d'autant plus savoureuse que Michel Audiard a fait pour « Pile ou face » l'un de ses dialogues les plus habiles. Pas vraiment des mots d'auteur mais des répliques vives et qui en disent toujours plus qu'on n'en attend.


Un choix difficile
Dorothée, on l'a dit, est le charme de cette histoire d'hommes. Mais elle n'est pas la seule. Ghilhaine Dubos donne beaucoup de gentillesse au personnage de la fille du policier et Gaëlle Legrand sait nous intriguer et même nous émouvoir dans- un petit rôle de droguée à qui on donnerait du « H » sans ordonnance. Mais ces jolies personnes ne font que passer. Le dernier mot reste au duo Noiret-Serrault. Pile ou face ? Le choix est difficile.


Dorothée sur grand écran

Télé Star – 16 août 1980

Décidément, le cinéma lui fait les yeux doux. Après aux « L'amour en fuite » de François Truffaut en 1978, Dorothée est à nouveau à l'affiche des (grands) écrans aux côtés de Philippe Noiret et Michel Serrault. En effet, c'est elle que Robert Enrico a choisie comme vedette féminine de son nouveau film « Pile ou Face » qui sort cette semaine dans toute la France. « Effectivement, c'est mon second film, raconte Dorothée. C'est d'ailleurs après m'avoir vue dans « L'amour en fuite » qu'Enrico m'a proposé de jouer dans « Pile ou Face ». Il s'agit d'une comédie policière. Bien que j'interprète une speakerine d'une télévision régionale, mon rôle est surtout celui d'un témoin gênant pour les deux protagonistes que sont Philippe Noiret et Michel Serrault. Très sincèrement, ce fut passionnant de tourner avec eux. Au début, devant ces deux monstres sacrés, j'étais morte de trac. Mais ils ont été d'une extrême gentillesse. En dehors des prises, c'était à celui qui me ferait le plus rire. Quant à Robert Enrico, c'est un personnage qui m'est très proche. Comme Truffaut, c'est un fin psychologue. Il vous dirige... sans vous diriger. Il vous explique la scène, puis, au « clap » à vous d'entrer dans le personnage. C'est très agréable, car franchement, je n'aime pas être commandée. »
Les séquences dans lesquelles Dorothée apparaît, ont été tournées en mars dernier à Bordeaux. Si pour des raisons de commodité, elle avait momentanément abandonné son métier de speakerine, elle n'avait pas, en revanche, interrompu la présentation de « Récré A2 ». Chaque mercredi, elle s'envolait pour Paris, afin d'être à 18.00 sur le plateau de l'Empire, où son émission se déroulait en direct. Juste après, elle regagnait la Gironde. Cela fait sept ans que Dorothée « fait » de la télévision. En 1973, Jacqueline Joubert l'engage comme speakerine tout d'abord, puis, en 1977, lui confie la responsabilité des émissions enfantines de la deuxième chaîne. Son mariage avec le petit écran, elle le doit à... Alfred de Musset.
« J'avais dix-huit ans. J'étais étudiante au collège de Notre-Dame de Versailles. A la fin de l'année, selon la coutume, chaque collège présentait une pièce au théâtre Montansier. Il s'agissait d'un mini-concours. Nous, nous avons joué « Les caprices de Marianne ».
Jacqueline Joubert faisait partie du jury. Elle m'a remarquée et m'a proposé d'entrer à la télévision. Voilà, c'est tout simple. »
Ravie, Dorothée devenait ainsi la plus jeune des speakerines. Mais en 1977, elle sera encore plus comblée en prenant en charge « Récré A2 ».
« C'est une émission que j'adore, dit-elle. Car là, je ne me contente pas d'une présentation plus ou moins statique, mais je chante, je danse, bref, je m'exprime. La télévision est totalement différente du cinéma. Sur un film, lorsque ça ne va pas, on recommence la prise. Là, pas question. Je suis seule devant la caméra. Il faut agir. Et vite. Le direct, ça ne pardonne pas. »
Tous les enfants de France ont adopté Dorothée. Par milliers de lettres, ils lui clament leur enthousiasme. A tel point que pour la plupart ils estiment l'émission trop courte. Et c'est pour les contenter qu'elle a enregistré un disque trente centimètres (C.B.S.) qu'elle considère comme un prolongement de « Récré A2 ».
« C'est un conte musical, explique-t-elle. Il est composé de douze chansons regroupées sous le titre « Dorothée au pays des chansons ». C'est Michel Jordan qui en a écrit les paroles et Jean-Pierre Stora la musique. »
Les fans de Dorothée seront d'ailleurs doublement satisfaits puisqu'en principe Antenne 2 devrait adapter « Dorothée au pays des chansons » en comédie musicale et la diffuser pour les fêtes de fin d'année. Née un 14 juillet, mais détestant les artifices, Dorothée se veut excessivement professionnelle dans tout ce qu'elle entreprend. Pour elle, à pile ou face... c'est du cinéma.

GÉRALD LEVRAULT