Articles - 1990 - Page 1
- Dorothée - La fée de la télé
- Dorothée fait trembler Bercy
- Dorothée : la rockeuse des familles s’explique
- Dorothée : "Je ne triche jamais"
- Star en jeans et baskets, Dorothée chavire Bercy
- Dorothée fonce à Bercy
- Dorothée : Sa maman tremble pour elle
- Les cadeaux de Noël d'une bonne fée discrète
- L'action et la bagarre, les enfants adorent ça!"
- Dorothée : "Mon rêve de Chine"
- Dorothée en Chine : Un triomphe d'impératrice
- Brèves - Partie 1 (6 articles)
Dorothée - La fée de la télé
Jours de France – 1er janvier 1990
A partir du 6 janvier, la star des enfants compte sur ses fans pour l'aider à battre le record de Sardou et Hallyday : remplir pendant trois semaines les douze mille places du stade de Bercy.
(Propos recueillis par Yves Salgues)
Des oriflammes portant son nom qui claquent dans le vent. Une immense pyramide d'étain et de verre. Un plateau de 1000 mètres carré auquel sont attachés exclusivement 150 techniciens, sans compter les 20 personnes préposées au courrier : 5 000 lettres par jour en période ordinaire, 6 500 à 7 000 en ces fêtes de fin d'année. Ce Hollywood flambant neuf à la Plaine-Saint-Denis (les studios ont à peine un an d'existence) c'est l'empire de Dorothée. Le lieu de tournage du "Club Dorothée" et d'enregistrement de ses disques : 14 millions vendus jusqu'ici.
Avec 8 millions de téléspectateurs, Dorothée est la fée de l'enfance. Avec 800 heures d'émissions annuelles, elle est l'ogresse de TF1. Lorsqu'on entre dans les appartements de Dorothée (moquette rouge, fauteuils profonds, meubles noirs, cigarettes Davidoff à profusion, gobelets de café à la chaîne), on est surpris par le luxe. Mais, dans ce produit mobilier du star-system, on est encore plus surpris de ne pas trouver la star. Dorothée est dans le décors, la star Dorothée en est absente.
Yeux noisette foncé, robe noire ajourée, bijoux de jeune fille, bas de laine plissant au dessus du genou : plus Bécassine qu Carabosse, la plus grande vedette du petit écran français ne fait pas d'embarras. Ni frime ni mensonge. Dorothée vous débit son pédigrée comme une vraie Litanie. J'ai trente-six ans, dix-sept ans d'antenne, dix ans de chansons. Je mesure 1,62 mètre. Comme je m'accorde une petite marge d'insécurité, je pèse entre 41 et 45 kg. Mon vrai prénom est Frédérique. Comme il faisait trop androgyne, nous l'avons troqué contre Dorothée. Après Alain Delon et Julien Clair, je suis la troisième artiste que Bourg-la-Reine ai donnée au spectacle.
- Le pouvoir que vous détenez ne vous donne pas le vertige ? Vous ne le trouvez pas arbitraire ou injustifié ?
- Non, parce que je le tiens de l'enfance. Des mamans au foyer ont fait le test, le mercredi après midi, de laisser leur récepteur allumé pour leur bébé de dix-huit mois. Rien ne se passe, sauf au moment où j'apparais, où je parl, où je chante. Alors l'oeil s'écarquille, l'oreille est aux aguets.
-Votre vrai public se situe entre trois et quatorze ans, c'est ce public là qui vous pousse à tenter le paris de Bercy, où à partir du 6 janvier, 250 000 personnes, dit-on, sont attendues.
- Exactement, c'est un pari fou, un pari de garçon, un pari d'homme, j'en suis morte de trac. Mais je le gagnerai. Seuls Hallyday et Sardou ont rempli les 12 000 fauteuils de Bercy pendant trois semaines. Je m'attaque à leur reccord, j'ai des supporters de six ans qui dansent le rock comme des diables et une infrastructure du tonnerre. Rouveyrollis est aux éclairages, Chris Georgiadis, l'ancien premier danseur de Sylvie Vartan, règle mes chorégraphies. Je suis habillée par Gérold Crews, un couturier américain de vingt-sept ans vivant à Paris. Sur trente titres, j'en crée dix nouveaux : ceux qui figurent sur mon dernier album "Tremblement de terre" (sorti il y a six semaine, ce quatorzième album est déjà disque d'or avec 180 000 exemplaires vendus).
-Votre signe astrologique ?
- Le cancer, signe de la famille. L'important, c'est ma mère Jacqueline, mon père est mort en 1977.
-Vos signes extérieurs de richesse ?
- Les collections de bandes dessinées de mon appartement, porte Maillot ; ma lithographie de Leonor Fini ; ma bébé jeep Santana rose ; mon Yorkshire noir et feu, Roxan. Ca vous étonne ? C'est tout !
-Votre idéal ?
- Avoir un enfant à moi, tout en continuant à distraire ceux des autres.
-C'est pour quand ?
- Le plus difficile reste à faire, trouver le papa.
Dorothée fait trembler Bercy

Télé poche – 5 janvier 1990
Aidée des Musclés, ses musiciens, Dorothée va secouer le Palais Omnisports à partir du 6 janvier. Avec des jeux de lumière géants et un vrai tremblement de terre.
Une star à Bercy ! L'amie des enfants, la complice de Jacky et de Patrick, « starise » son nez pointu et sa queue de cheval, à partir du 6 janvier, pour dix-sept jours de concerts. Pour son huitième spectacle, dix ans après son premier passage à l'Olympia, Dorothée affronte la plus grande salle de Paris dans un super-show-laser en trois dimensions. Un tremblement de terre va même secouer le Palais Omnisports de Paris-Bercy pour concrétiser son dernier tube. Pendant deux heures, l'égérie des enfants va interpréter 23 à 26 chansons issues d'un répertoire en béton : « Maman », « L'ordinateur », « La menteuse ». Elle sera accompagnée de ses deux choristes Martine et Francine, de ses huit danseurs habituels et des Musclés, avec le batteur Bernard Minet. L'orchestre rock, deuxième au Top 50 avec « La fête au village », accompagne la chanteuse depuis ses débuts sur scène. L'idole du mercredi offre à ses fans la magie d'un vrai spectacle rock. La musique est de Gérard Salesses. Chris Georgladis a réglé la chorégraphie. Roland Guillotel assure le son et les costumes sont de Gerold Crews. La lumière est conçue par Jacques Rouveyrollis, le « lighting designer » ou concepteur des éclairages de stars. Jean-Michel Jarre, Sardou, Hallyday et récemment Régine ont brillé dans le faisceau de ses lasers. Véritable sculpteur de lumières, Rouveyrollis manie ses projecteurs comme des pinceaux afin de structurer l'espace, de créer l'ambiance. C'est la troisième fois qu'il porte notre star au firmament de ses feux. Et pour ce spectacle de Bercy, il innove en réalisant une première. Des vari-lites (petits projecteurs tournant et offrant de nombreuses possibilités de couleurs), des télé-scan (jeux de miroirs) et des lasers-pani (projection frontale) seront utilisés simultanément. « Je veux donner le rêve, la féérie. Les enfants entrent plus facilement à l'intérieur d'un spectacle. Il faut tout faire pour les y laisser », dit-il. Il a fallu dix ans pour que l'ex-présentatrice de « Récré A2 arrive au sommet de la gloire avec 12 millions de disques vendus. Dix ans seulement !, serait-on tenté de dire. Le Pygmalion qui l'a sortie du petit écran se nomme Jean-Luc Azoulay. En 1979, le producteur de disques AB (A pour Azoulay et B pour Berda, son associé) est au lit avec une hépatite virale. En voyant Dorothée, alors animatrice de « Récré A2 », l'idée lui vient de la faire chanter. Réticente, la jeune speakerine enregistre son premier disque : « Dorothée au pays des chansons ». L'année suivante, elle tente l'Olympia dans un conte musical où tous les habitants sont des chansons. Suivent d'autres spectacles, y compris deux au Zénith. Chaque passage sur scène la confirme davantage dans sa carrière de chanteuse-rock tous publics. Elle dépasse le seul monde des enfants et s'adresse à la famille entière., A l'américaine : « Aux États-Unis, il n'y a pas de spectacles pour enfants », constate son producteur, Azoulay. Sous le feu des 4 000 projecteurs lasers, sur une immense scène mobile, au milieu de l'arène de Bercy, les téléspectateurs auront des difficultés à reconnaître la gentille et espiègle fée Dodo. En 1980, lors de son premier Olympia, le public participait tellement que Jean-Michel Boris avouait « n'avoir pas vu ça depuis Johnny Hallyday en 1963 ». Le défi de « mademoiselle Dorothée » en 1990 faire bouger comme un seul homme les 12 000 spectateurs de Bercy, grands et petits.
Marie ROBINET
Dorothée : la rockeuse des familles s’explique
France-Soir – 6 janvier 1990
La fée Dorothée est aussi experte en grimaces
« Je peux montrer que j'ai un caractère de cochon... Je ne suis pas forcément une gentille », assure Dorothée. La rockeuse des familles, qui accueille ses fans à partir d'aujourd'hui dans un Bercy archiplein, dit d'elle : « Je suis une bonne chanteuse de variétés populaire. »
Troisième souris française à accoucher de la montagne Bercy, mais première en titre sur la distance (douze dates déjà complètes) Miss Dorothée ! La « Do » (pour les intimes), qui n'a pas la langue dans sa poche pour remettre à l'endroit ce qu'on a mis à l'envers, n'est pas peu fière de ce record.
« Ce n'est pas parce que j'ose dire que je ne suis pas une "gentille", que je peux montrer un caractère de cochon et que je programme des bandes dessinées où des robots explosent sous des rayons laser que je suis forcément une violente ! Partant de ce principe, tous les gens de leur époque sont des violents ? Et puis je ne m'adresse pas uniquement aux classes biberon. En tous les cas pas en concert. Là aussi, il y a confusion dans les esprits. Moi j'ai attendu d'avoir dix-huit ans pour que ma grand-mère m'accompagne enfin dans une salle de spectacles. Mais aujourd'hui tout le monde va partout sans différence d'âge. On peut être enfant à sept ans comme à quatre-vingt-sept ans. A Bercy, où le répertoire va de « La Menteuse » à « Tremblement de terre », j'attends des petitouns de cinq ans, mais des « grands » de dix ans, des « ados » de quatorze à dix-sept ans et tous les parents de ce petit monde-là. D'autant plus que c'est un spectacle hyper-rock avant tout !
- Dorothée rockeuse des familles, était-ce une vieille vocation ou bien un supplément de levure pour l'animatrice-productrice de « Pas de pitié pour les croissants » ?
- Ni l'un ni l'autre. Je suis organisée, mais pas calculatrice. Un enchainement de hasards et de circonstances a voulu que je chante. J'y ai pris goût. Et aujourd'hui sans m'estimer rockeuse, je crois pouvoir dire que je suis une bonne chanteuse de variété populaire capable d'assumer un show à la Johnny, à la France Gall ou la Jeanne Mas ! L’équipe ? L’habituelle : mes cinq musclés plus quatre danseurs et deux demoiselles choristes. Le décor ? Les ombres et les lumières de Jacques Rouveyrollis.
- Et le rêve dans tout ça ? J'ai l'impression que le mot fée vous agace…
- Oh oui ! Parce qu'il ne me convient pas. Le rêve ? (Froncement de sourcils) C'est vrai qu'à un moment j'ai eu un peu peur, dans le monde que je propose, de tuer l'imaginaire à la racine. C'est drôle, parce que moi-même je déteste tout ce qui est robots, ordinateurs, gadgets électroniques... Et puis je me suis rendu compte que les enfants ont toujours cette même faculté d'invention. D'un bout de carton ils peuvent construire une galaxie... Et cela m'a rassurée. Disons que l'univers que j'offre est complémentaire à celui de Chantal (Goya) ou Henri Dès. Le patrimoine légendaire et l'évasion science-fiction sont deux éléments qui font très bon ménage dans les petites cellules grises.
Ce qui en revanche semble un casse-tête dans l'occiput de cette abeille cathodique : l'avenir.
« 1990 ? Il se résume pour le moment à mon show à Bercy. Impossible de voir plus loin. J'ai un trac à la dimension des lieux. De toutes façons je n'ai jamais rien planifié de ma vie. Sauf peut-être le cinéma. Quand je serai très vieille, le soir à la chandelle. Parce que des rôles de vieilles dames c'est plus demandé qu'on ne pense et il n'y a pas de concurrence. Et encore, il faudra que ce soit un Spielberg qui me le propose. »
Monique PRÉVOT
(Bercy du 6 au 21 janvier.)
Dorothée : "Je ne triche jamais"
Télé 7 Jours - 6 Janvier 1990
Une interview sans complaisance de l'animatrice de TF1. Elle répond aux accusations de Ségolène Royal, défend ses émissions, évoque l'enfant qu'elle souhaite avoir, se souvient de son adolescence. Et, avant son nouveau spectacle de Bercy, elle vous souhaite Bonne année, en même temps que toute l'équipe de « Télé 7 Jours ».
Elle sera à Bercy à partir du 6 janvier. Avec un nouveau spectacle où elle chantera notamment « Tremblement de terre », très bien classé au Top 50. Une rencontre avec tous ceux qui l'admirent et la meilleure façon de répondre à ses détracteurs.
- Il y a peu de chances que, parmi les parents présents à Bercy, on trouve Ségolène Royal, cette député qui dit pis que pendre de vos émissions!
- Qui sait? Elle sera en tout cas la bienvenue. Et pour le lui faire savoir, je lui ai envoyé des places, pour elle et ses trois enfants.
- Elle a eu, dans « Télé 7 Jours » et dans son livre-pamphlet (1), des mots très durs pour « cette accumulation de sottises et de violence qui est une manière de voler l'enfance aux enfants »
- Il faut bien qu'elle vende son livre. Et qu'elle se fasse un peu de publicité personnelle.
- Vous ne croyez pas en la sincérité de ses critiques?
- A force de répéter ces contre-vérités, elle a dû finir par penser ce qu'elle dit et écrit.
- Avez-vous lu son livre ?
- Je l'ai parcouru. Je n'aime pas cette façon de dire aux gens ce qu'il faut penser et ce en quoi on doit croire. C'est une atteinte à la liberté de l'individu.
- Elle qualifie vos dessins animés de « boudineries américano-japonaises, faites de monstres répugnants et de pitreries affligeantes... »
- Ségolène Royal doit avoir un bon dictionnaire. Qu'elle sache que je ne fais pas des émissions pour elle, mais pour plaire aux enfants. Ils ont l'air d'aimer ce que je leur propose. Sinon, ils iraient voir ailleurs.
- Est-il vrai que vous avez jeté son livre à la poubelle, en direct ?
- C'est ce qu'elle dit. Preuve qu'elle n'a pas vu l'émission.
- Le 15 janvier, elle est l'invitée de « Matin- Bonheur ». Pourquoi n'allez-vous pas lui apporter la contradiction?
- Elle n'a pas pris la peine de s'adresser à moi directement, plutôt que de médire de moi par média et livre interposés, je ne vois pas pourquoi je me déplacerai pour débattre avec elle.
- Est-il vrai que vous avez constitué un comité de psychologues pour analyser le contenu de vos programmes ?
- Oui, et j'attends avec intérêt le résultat de leur étude. Je tiendrai le plus grand compte de leur opinion. Mais n'oublions pas que les émissions d'origine japonaise et américaine que nous diffusons ont déjà été conçues avec des psychologues.
- Quel est le pourcentage de vos programmes importés ?
- Environ deux tiers. Mais ne me demandez pas trop de pourcentages, de coûts, de dates, je suis fâchée avec les chiffres. Définitivement.
- Votre réussite se traduit pourtant en chiffres: d'audience, de nombre d'heure de programmes, de recettes publicitaires, de cachets, de disques et de billets vendus...
- C'est vrai, je gagne de l'argent, mais pas tant que ça. En tout cas, l'argent ne m'a pas changée.
- Que faites-vous de tout ce que vous gagnez ?
- Je vais au restaurant, fait des cadeaux, me suis payée mon premier appartement et me suis achetée une voiture 4x4 toute rose. Non, ce n'est pas ma couleur préférée. Mes goûts varient tout le temps.
- Pourquoi dites-vous : « La télé, c'est ma drogue » ?
- Parce qu'elle me permet de gagner ma vie en m'amusant, que je peux lui consacrer 16 à 18 h le mercredi, que je la regarde beaucoup chez moi. Mais il y a plus important que la télé dans ma vie : les gens.
- Le Téléthon, ça déclenche quelque chose en vous ?
- Oui. Mais n'attendez-pas que je vous dise si j'ai envoyé mon chèque. Les actes de générosité, c'est comme le bulletin de vote : cela doit rester secret.
- La politique vous intéresse ?
- Pas du tout.
- Tapie-Le Pen à la télé, vous n'avez pas eu envie de regarder?
- Non. Mais quand j'apprends qu'un Ceaucescu fait tirer sur des Roumains, et sur des enfants, j'aurais envie d'infliger le supplice chinois à un tel homme.
- Vous reconnaissez avoir une « fibre maternelle très développée... »
- Je suis du signe du Cancer et, dans l'astrologie chinoise, du serpent. Ce sont des signes de famille.
- Vous n'avez pas envie d'un enfant bien à vous ?
- Bien sûr que j'en ai envie. Mais je n'y suis pas vraiment prête dans ma tête. Le jour où je le serai, j'arrêterai tout pour m'occuper de mon petit.
- Dans votre équipe, il y a beaucoup d'enfants!
- Ariane vient d'avoir un petit Tristan, Jacky a deux filles, Patrick une, Corbier un grand fils...
- Elle a quel âge « Dodo »> ?
- 35... Non, 36. J'ai failli tricher. Je ne triche ni ne ment jamais. Les enfants s'en aperçoivent très vite.
- Que vous ont transmis votre père et votre mère ?
- Ma mère, le côté convivial, prêt à ouvrir ses bras et sa table, la capacité à écouter les autres. De mon père, un ingénieur, j'ai hérité le côté artistique. Il dessinait et chantait très bien. Nous aurions pu faire des duos superbes. Il nous a quittés voilà treize ans.
- Il aurait été fier de la réussite de sa fille ?
- Il aurait surtout été très angoissé pour elle. Comme ma mère, qui a encore plus le trac que moi quand je dois monter sur scène. Elle ne vient jamais à la première de mes spectacles, mais à la deuxième représentation. Et elle a toujours tendance à me voir maigrir !
- Alors que votre poids est immuable ?
- Chut, il ne faut pas le dire, mais j'ai pris quatre kilos (46 à présent pour 1m62)
- Vos dernières vraies vacances ?
- Il y a un an, j'ai emmené maman aux Seychelles. Nous nous sommes amusées comme deux gamines. Elle est presque plus jeune que moi !
Franklin DIDI
Photos Michel Marizy
(1) « Le ras-le-bol des bébés zappeurs ».
Star en jeans et baskets, Dorothée chavire Bercy

Le journal du dimanche – 7 janvier 1990
Ça tremble à Bercy depuis hier soir. Dorothée, « la fée des enfants » a débuté son supershow devant 12 000 fans et c'est vrai : le sol a tremblé pour de bon grâce à de grosses machines prévues à cet effet. Envolé, le trac que Dorothée avouait deux jours avant la première. Ce matin-là, elle est un peu en retard pour l'interview. Normal, Dorothée est débordée, fatiguée, stressée, mais à Bercy où elle va vivre pendant trois semaines, elle est déjà chez elle. On traverse les couloirs au pas de charge, direction la loge. Elle a hâte de retrouver ses gosses, les moins de treize ans qui ont fait d'elle une star en jean et en baskets.
Pour Dorothée, reine de la télé, Bercy est une sacrée aventure. « C'est la première fois que je me retrouve dans une salle aussi grande, dit-elle. J'ai quatre changements de costume. Il va falloir cavaler dans les couloirs. Je croise les doigts et j'espère qu'avec le public, on va bien s'amuser. »
Son spectacle, Dorothée le prépare depuis six mois. Sur scène, ils sont plus de 80 personnes qui travaillent sur le show. Dorothée préfère le mot concert. « C'est ainsi que j'ai voulu ce spectacle où les chansons s'enchaînent avec plus de rythme que dans les autres. On a privilégié les effets de lumière par rapport au décor assez dépouillé. Les enfants pourront tout faire, se lever, chanter, danser. On a tenu compte de leurs remarques.»
Je ne triche jamais
C'est par l'intermédiaire de son club qui reçoit 5000 lettres par jour et les observations faites par les enfants qu'elle choisit ses programmes. N'en déplaise à Ségolène Royal, auteur du livre, Le ras-le-bol des bébés zappeurs, pour qui la blonde animatrice ne « débiterait qu'une boudinerie américano-japonaise », faite de « monstres répugnants, dessins animés nullissimes et pitreries affligeantes. » Qu'en pense l'accusée ? « Pour moi, c'est une affaire close, dit-elle. J'ai envoyé des invitations à Ségolène Royal et à ses enfants. » Il est vrai que les séries proposées par Dorothée ne sont pas toujours appréciées de tous les parents qui, pour certains, les trouvent trop violentes. Dorothée, elle, prétend œuvrer pour le plus grand nombre, c'est à dire les plus de six ans. « Ce sont eux qui m'intéressent, dit-elle. Les petitouns sont trop jeunes pour cela. Et puis, ils regardent trop la télé. Avec les autres, je ne triche jamais. Je respecte les choix du public. Quand on a déprogrammé Ken le survivant, les enfants ont tellement protesté qu'on a repris la diffusion après avoir coupé les images plus agressives. En aucun cas, je ne veux me substituer aux parents ou aux professeurs. C'est à eux de juger si leurs petits peuvent regarder certaines séries. »
Dorothée a appris à se défendre, les arguments sont prêts. Les faits aussi parlent pour elle. Par la voix de ses six millions de fans, d'une part. D'autre part, à cause des carences dont souffre la production de films d'animation en France. « On a vingt ans de retard, dit Dorothée. Donnez-moi du français, si ça plait, je le programme. Dans notre pays, tout est à faire en matière d'animation. Depuis plusieurs mois, nous avons mis en place des équipes qui travaillent à la production de dessins animés. »
Dorothée, l'animatrice chouchou s'active. Et avec elle les 150 personnes qui collaborent à ses émissions. En tant que directrice des programmes jeunesses sur TF1, elle croule sous les responsabilités. « En réalité, je suis une paresseuse, assure-t-elle. Mais je travaille beaucoup. Heureusement, je sais déléguer, tout en aimant me mêler de tout. Je visionne tout ce qui passe dans mes émissions. »
A l'entendre, tellement impliquée dans son métier, on a le sentiment qu'elle n'existe pas en dehors de lui. Qu'elle n'est que cette grande adolescente en queue de cheval, animatrice vedette, chanteuse à succès, grande copine des enfants. Autant de casquettes qu'elle porte plutôt bien. La réussite n'est pas un hasard. L'autre Dorothée, jeune femme âgée de trente-six ans et personnage privé reste quant à lui aussi impénétrable que mystérieux.
par Danielle Attali
Dorothée fonce à Bercy

Figaro TV Magazine – 8 janvier 1990
Dorothée met les bouchées doubles, enregistre ses émissions, répète à Bercy où elle propose son nouveau spectacle du 6 au 21 janvier, et reste néanmoins disponible pour tout le monde. Mais où trouve-t-elle donc cette énergie aussi heureuse qu’inépuisable ? « Je tiens le coup grâce aux encouragements des enfants, à leurs lettres, à leur présence. » Aussi simple que ça. Animatrice-vedette de TF1 avec son « Club Dorothée » et responsable de l'unité Jeunesse de la chaîne, la voilà ces temps-ci prise à parti par les critiques trop de dessins animés japonais dans ses programmes, trop de tartes à la crème... « Ça me fait de la peine. Mais si l'on se retrouve sur la sellette, cela signifie que tout marche bien pour vous. » Frêle format mais moral d'acier. « Je m'adresse à un public d'enfants, et les enfants répondent "présent", que dire d'autre ? » Rien, en effet. Il ne lui reste simplement qu'à poursuivre ce marathon qui la tient en haleine sans lui laisser le temps de vivre. « Ma vie, c'est la télé, ce sont mes contacts avec les enfants. C'est une aventure extraordinaire, je serais mal venue de me plaindre. Dorothée fonce et reconnaît avoir mauvais caractère. « Je me fâche pour une seule chose : quand je vois que certains renâclent. Donc, ceux qui ne suivent pas et traînent les pieds : au revoir ! »
A la veille de monter sur la scène de Bercy, elle est dans un état épouvantable. « C'est le trac ! La salle de Bercy est deux fois plus grande que celle du Zénith où je suis passée les années précédentes. C'est énorme, gigantesque ! Mais, au moins, il y a de la place pour tout le monde. » Comme elle n'a pas eu le temps de fêter Noël, elle le fêtera en février. « De toute façon, pour moi, c'est tous les jours la fête. »
Christian Gonzalez
Dorothée : Sa maman tremble pour elle
Télé poche - 1990
Avant d'affronter Bercy, elle a la frousse. Sa maman aussi. Mais peut-être pas pour les mêmes raisons. Comme toujours, Madame Hoschedé s'inquiète pour sa fille. Pour elle, Dorothée reste la "petite Frédérique". Elle nous raconte pourquoi.
"C'est drôlement émouvant de voir sa fille sur une scène ou à la télévision." Aujourd'hui encore, après toutes ces années, la maman de Dorothée tremble pour sa fille. "C'est vrai, j'ai toujours peur. Peur pour sa santé. Pour sa carrière. Comme toutes les mères. Alors, elle cherche à me rassurer en disant en vrac : "J'ai grossi", "Je mange bien", "Je fume moins" et "Non, non, je ne suis pas malade !"." Dorothée d'ailleurs n'est pas loin. Elle répète dans le studio d'à côté. Et elle a toujours une oreille qui traîne. Elle sait que sa maman parle d'elle et annonce : "Tu peux dire que j'ai un sale caractère." Mais elle n'a pas de meilleur supporter qu'elle. "Il vaut mieux avoir un sale caractère que pas de caractère du tout !" Avec un sourire indulgent, elle précise tout de même : "Vous savez, quand elle dépasse les bornes, on lui dit stop !".
Dorothée n'a pas changé. Quand elle n'était que Frédérique Hoschedé, elle avait le même dynamisme. Les mêmes défauts. "Ah, cet animal-là n'a jamais su être à l'heure ! Son grand frère, qui est documentaliste, ne l'est pas non plus. Frédérique, quand elle était petite, avait une bouille toute ronde." Dorothée était sage. Pas de bêtises. "Elle chantait tout le temps."
Mère et fille sont complices. Ça se voit. Do' emmène sa maman en vacances ou en week-end. "Pour prendre le temps de se parler." Discrètement, la mère conseille sa fille. "Je regarde très souvent ses émissions. Je la critique et elle m'écoute. Je trouve que, parfois, elle parle trop vite, abuse des grimaces et qu'elle en fait un peu trop. Je lui donne également mon avis sur ses vêtements." Et voilà Do' qui rapplique. "Oui, j'admets les critiques quand elles viennent de ma mère. Mais quand les autres s'en mêlent, je râle."
Être la maman de Dorothée, c'est bien agréable. "Bien sûr, il a fallu changer de numéro de téléphone, expliquer que ma fille ne peut pas répondre à toutes les invitations." Chez les commerçants de sa bonne ville de Bourg-la-Reine, on lui glisse un compliment chaleureux ou une salade dans son cabas, sans rien lui demander en échange. Et bien sûr, madame Hoschedé assistera au spectacle de Bercy. "Mais une ou deux fois. pas plus. Cela me fait trop peur."
LE CYCLONE DO' SOUFFLE DÉJÀ SUR BERCY
Ça va trembler à Bercy ! C'est marqué en noir sur blanc sur les affiches. Mais cette fois, les mots tiendront leurs promesses. Les fans de Do' vont vibrer. Elle leur a promis un show plus rock. Plus rythmé. Eh bien, ils vont être servis ! Jean-Luc Azoulay, producteur et complice de Dorothée garantit les émotions fortes. "L'idée nous est venue avec la chanson "Tremblement de terre". Nous avons fait venir des Etats-Unis un système de haut-parleurs hyper-puissants. Et grâce aux ondes sonores, les fauteuils vont bouger. Sans compter les lasers et les lumières signées du maître Rouveyrollis."
Do' est sur le pied de guerre. Elle révise ses douze nouvelles chansons. Et ses anciens tubes. "Après son séjour outre-Atlantique, Dorothée a été influencée et fascinée par les grands spectacles américains. Le sien se rapproche des shows de Madonna et de Michaël Jackson aux USA. Plus il y a de monde, plus nous pouvons offrir un spectacle avec de gros moyens techniques et donner une autre dimensions aux représentations."
Pour l'instant, les dix musiciens, quatre danseurs, deux choristes et Les Musclés se chauffent avant d'attaquer bercy. Bien sûr, Dorothée est morte de frousse. Mais quand 12000 personnes sont au rendez-vous à chaque représentation, il n'est pas question d'être en retard.
Isabelle GAUDON
Les cadeaux de Noël d'une bonne fée discrète

Télé poche – 1990
Le seul relais des enfants malades avec l'extérieur, c'est la télévision! », souligne Dorothée. Tous les jours, de leur chambre d'hôpital, ils suivent ses émissions. Apprennent ses chansons. Jouent avec elle. « Nous recevons souvent leurs dessins. Ils se réunissent à plusieurs, par groupes de rééducation et nous écrivent de longues lettres. » Parmi le courrier tiré au sort, beaucoup provient d'enfants gravement atteints. Un sourire, une réponse, une catimini. L'animatrice œuvre dans l'ombre. Elle a un cœur gros comme ça mais reste muette sur ses actions. Elle se refuse à faire du misérabilisme à l'antenne. Elle agit à sa manière. En dehors des tapages médiatiques. Impossible de lui faire révéler ses « témoignages d'amitié ».
Plus de cent mille enfants sont hospitalisés chaque année! Environ dix mille d'entre eux vont passer les fêtes de fin d'année dans une chambre aseptisée. Sans la chaleur de leur foyer. Comment les oublier! Particulièrement en cette période de Noël. Pour la troisième année consécutive, Dorothée et son équipe lancent du 13 au 27 décembre: «On pense à toi, spécial-Noël ». Tous les sponsors de l'émission vont être sollicités pour offrir... dix mille cadeaux aux enfants hospitalisés! Télé Poche a bien évidemment répondu présent à l'appel. 16 postes de télévision vont être offerts à des hôpitaux. « La réaction des enfants est souvent immédiate. Spontanée! Ils nous écrivent pour nous dire qu'ils veulent donner un de leurs jouets à des enfants malades. Ils se solidarisent très facilement. Mais nous ne voulons pas rentrer dans ce jeu-là. Nous voulons les impliquer en pensée, pas en action. » Le ton de Dorothée est ferme. Elle connaît suffisamment les enfants pour ne pas en faire des phénomènes de foire ou leur demander des efforts qui sont hors de leur portée. Une petite exception ! Cette année, Télé Poche, les PTT, RTL et toute l'équipe de Dorothée se sont associés pour éditer et vendre une carte-lettre-au-Père-Noël. « L'argent de ces cartes permettra de reconstruire les écoles détruites en Guadeloupe par le cyclone. » Cette opération débutera le 29 novembre et s'achèvera, évidemment, le 24 décembre. Le Père Noël répondra à tout le courrier. Le 29 novembre, les Musclés seront au rendez-vous de cette action de solidarité. Framboisier, le chanteur du groupe, interprétera, en duplex de la Guadeloupe, « Le père-Noël des Musclés » tandis que le reste de la bande chantera à Paris. Un appareil, installé sur le plateau de Dorothée, comptabilisera le nombre des ventes de cartes. Le 3 janvier (J-moins-trois avant le spectacle de Dorothée à Bercy). Paul Quilès, ministre des Postes et des Télécommunications et de l'Espace remettra le chèque à « Solidarité-Guadeloupe ». « Le « Club Dorothée » est diffusé régulièrement là-bas. D'ailleurs, grâce au minitel nous nous sommes aperçus que l'émission y est très regardée. Lorsque les enfants tapent leurs messages, l'heure de l'appel s'inscrit automatiquement. Et nous avions plein d'appel à trois heures... du matin! Après enquête, nous avons découvert que le décalage horaire correspondait à celui de la Guadeloupe ! »
Mirella LEPETIT
GRILLE DE NOËL
Du 20 décembre au 3 janvier, Dorothée diffusera, dans une ambiance de fête, plein de nouveautés. Tous les jours, vous allez pouvoir découvrir les aventures des Musclés dans « Salut les Musclés ». La série sera ensuite diffusée une fois par semaine. L'équipe de « Pas de pitié pour les croissants » met les bouchées doubles ! Ils vous donnent rendez-vous quotidiennement pendant les vacances. De nouveaux dessins animés, européens et japonais, seront également à l'honneur. Mais le « clou» de ces vacances, c'est : « On va faire du cinéma ». Le spectacle (inédit à la télévision) que Dorothée et Jacky ont donné au Champ-de-Mars, il y a 4 ans.
L'action et la bagarre, les enfants adorent ça!"

Télé star - 1990
Critiquée pour la violence des dessins animés qu’elle propose sur TF1, Dorothée se défend. Ses alliés : les enfants, eux-mêmes, qui protestent quand les parents s’érigent en censeurs de leurs programmes. Sur la scène de Bercy, Dorothée a réussi à apaiser ce conflit de générations !
- Télé Star : Après Johnny Hallyday et Michel Sardou, vous chantez devant les douze mille spectateurs de Bercy. Le trac, vous connaissez ?
- Dorothée : Dans ma loge, je passe de l'énervement à la crise de larmes. Quand j'entre sur scène, mes jambes ne me portent plus. Je m'accroche à mon micro, déjà trop lourd pour moi. Après, c'est tellement génial, que je voudrais que le spectacle ne s'arrête jamais. Je sais aussi qu'un public d'enfants pardonne davantage un trou de mémoire. Mais on a intérêt à lui plaire. Sinon...
- Votre avis sur le livre de Ségolène Royal, député des Deux-Sèvres et auteur du « Ras-le-bol des bébés zappeurs », dénonçant la violence dans les programmes pour enfants, les vôtres compris ?
- Ni elle ni quiconque n'a le droit de dicter aux parents leur façon de penser. Même les enfants décident de ce qu'ils veulent voir en matière de programmes de télé. Un exemple : ce dessin animé (« Ken »), que j'ai décidé de supprimer de l'antenne, parce que jugé trop violent par certains parents. La riposte des enfants fut telle que j'ai organisé un référendum par l'intermédiaire du minitel, du téléphone et du courrier. Quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui nous regardent réclamaient sa diffusion. J'ai cédé, laissant aux parents le soin de la décision.
- Ségolène Royal prétend que la télévision est du baby-sitting à vingt-trois centimes de l'heure ?
- Encore une erreur de sa part. Avec TF1, c'est gratuit. Elle oublie qu'elle culpabilise les mamans qui travaillent.
- Vous avez constitué un comité de psychologues pour analyser le contenu de vos programmes...
- Ce comité est en train de se former. Ces quatre psychologues tiennent à conserver l'anonymat, mais leurs premiers rapports sont positifs.
- Qui, jusqu'alors, vous garantissait que les dessins animés japonais ou américains, diffusés le mercredi et le dimanche sur TF1, ne portaient pas atteinte à la sensibilité des enfants ?
- Je travaille avec les Japonais depuis six ans. Leur production est créée par ou avec des psychologues. Mine de rien, je constate que nous nous rapprochons de ce peuple. En 1980, nous totalisions vingt ans de retard sur eux. Aujourd'hui, compte tenu de la fabrication du dessin animé et de sa date de programmation chez nous, deux années à peine nous séparent. Il faut mettre les Américains à part. Aux États-Unis, les ligues de protection de l'enfance font vraiment trop de zèle. Hyper protégés, les petits n'apprennent pas à se battre dans la vie. D'où une recrudescence de la délinquance chez les adolescents.
- Pour vous, une certaine violence à la télé serait nécessaire ?
- Je ne parle pas de violence, mais plutôt d'action et de bagarre. La violence, les enfants l'ont découverte dans les reportages sur la Roumanie, avec les charniers de Timisoara, par exemple. Ils ont compris que ça, c'était la réalité. Parce que l'enfant a changé. Grâce à la télévision. Cela ne doit pas empêcher les parents - même s'ils travaillent - de prendre le temps de discuter avec eux, pour dédramatiser les images horribles. Moi-même, j'ai besoin qu'on m'explique ce qui se passe en politique. Car, dans ce domaine, j'ai encore deux ans.
- Pourquoi deux tiers de vos programmes sont-ils importés ?
- Trouvez-moi des productions françaises sympas. Dans ce domaine, on a vingt ans de retard. On a cessé de produire des dessins animés, art jugé mineur, alors qu'on pourrait en vendre aux pays à qui nous en achetons. Mon équipe projette d'en créer. Mais il faudra des années pour rivaliser avec l'étranger.
- Que pensez-vous de la future charte des droits de l'enfant ?
- Il y a « Les droits de l'homme ». C'est aux associations qui s'occupent d'enfants martyrisés et autres de renforcer leur action.
- Le jour où vous aurez un enfant, quel genre de mère serez-vous ?
- J'attends d'être sortie de l'enfance pour en mettre un au monde. Ce jour-là, je serai une mère très sévère. Comme le fut la mienne. L'éducation, ça sert dans la vie.
Annick Rannou
Dorothée : "Mon rêve de Chine"
Télé 7 Jours - 1990
Elle revient de Shangai où elle a chanté en compagnie de ses amis « Les Musclés », invitée par le Festival international de l'art. Elle a découvert un pays en pleine mutation et nous a confié son carnet de route, en attendant de commencer son marathon de l'été sur TF1.
L'homme lui adresse des signes étranges, comme s'il était sourd-muet. Dans cette petite rue de Pékin, où se mêlent le parfum des beignets aux étals des marchands ambulants et celui des vapeurs d'essence des autobus en folie, Dorothée ne comprend pas. L'homme sourit et continue son étrange manège. « Il mimait une chanson, « Nicolas et Marjolaine », qu'il avait entendue la veille sur scène. Je l'avais apprise phonétiquement. Personne ne s'est moqué de ma prononciation. Et pourtant...» Dorothée, invitée du deuxième Festival international de l'art, l'équivalent du Printemps de Bourges, en France, chantait pour la première fois à l'étranger. Trois galas en six jours à Shanghai, en compagnie de ses amis Les Musclés: « Huit danseurs chinois se sont joints gentiment à notre spectacle. C'était très touchant. Et quel accueil ! La salle était pleine à chaque fois, surtout d'adultes et d'étudiants. J'ai été étonnée qu'il y ait si peu d'enfants. Pour les autres chansons, un interprète traduisait. »
Dorothée, entre chaque spectacle, est partie à la découverte du pays. A Pékin, elle s'est longuement promenée sur la monumentale grand-place Tian'Anmen, qui s'étend comme un immense parvis, devant l'ancienne Cité interdite des empereurs de Chine. C'est là que Mao, du haut d'une terrasse, proclama, le 1er octobre 1949, la naissance de la République populaire de Chine, et qu'éclata, l'an dernier, le Printemps de Pékin, suivi de la terrible répression. Dorothée est restée trop peu de temps pour juger de la vie des Chinois aujourd'hui : « J'ai vu des gens heureux de mon spectacle, qui applaudissaient, demandaient d'autres chansons. Les femmes que j'ai pu rencontrer m'ont semblé très proches de nous, Européennes, et aussi nombreuses que les hommes à travailler. »
Après le Festival, Dorothée a eu droit à la première page du « Quotidien du peuple » avec comme titre « La star de la chanson française ». « J’étais très émue. La Chine était un de mes rêves et, en plus, j’y ai été accueillie chaleureusement. Malgré la barrière du langage, je n'étais pas du tout dépaysée. Le plus affolant, c'est le grouillement et le vacarme de la circulation, entre le pouët-pouët des bus et le ding-ding des vélos. Dans les rues de Shanghai, quatorze millions d'habitants se déplacent, se promènent et même discutent affaires à vélo. Des milliers de cyclistes roulent côte à côte, sans la moindre agressivité. »
Dorothée en a aussi profité pour aller au cirque de Shanghai. Le cirque chinois est le meilleur et le plus riche du monde. Chaque ville, chaque province a son école et sa troupe. Cent-vingt-trois dans toute la Chine ! J'ai vu des numéros éblouissants: un panda qui pédalait sur son vélo, des acrobates de 12 et 14 ans d'une souplesse prodigieuse. Chez les Chinois, pas de fauves ni d'éléphants, mais la recherche de l'harmonie entre le corps et l'esprit : « Je suis allée aussi à un spectacle de théâtre traditionnel, qui m'a beaucoup impressionnée. »
Elle a préféré encombrer sa mémoire plutôt que ses bagages: « Je ne suis pas du genre à aller de boutique en boutique. Je déteste porter les paquets. Alors, je flâne le nez au vent. Je regarde vivre les gens, je les photographie. Une grand-mère est venue me dire bonjour en français, qui avait dû connaître les derniers Français de Pékin. J'ai vu beaucoup de jeunes pères se promener avec leur bébé dans les bras. Les enfants sont adorables. »
Dorothée a moins apprécié certains aliments de la cuisine chinoise comme le concombre de mer, « un gros tuyau flasque et gélatineux que j'ai absolument refusé de goûter. Mollusque ou algue, je n'en sais rien... Pouah ! Là-bas, tout est différent : le temps, les valeurs, le sourire, l'hospitalité. Il y a des échanges de regard qu'on ne peut oublier.»
Accueillie par l'ambassadeur de France à Pékin et par le consul de France à Shanghai, Dorothée est repartie avec un très beau vase de Chine et l'invitation pour un nouveau séjour, en octobre, à l'occasion des Jeux asiatiques, avec une grande tournée dans plusieurs villes : « Je vais apprendre quelques mots de chinois, si mes émissions m'en laissent le temps ! »
Son « Club Dorothée» s'adresse maintenant aux adultes comme aux enfants: Une série pour eux, puis une série pour leurs parents.» A tous ceux qui voyaient déjà Dorothée sur Antenne 2, «attirée » par Marie-France Brière qui a, notamment, la responsabilité des émissions jeunesse, elle réplique: « Je me sens bien sur TF1, et en plus ça marche. Quand on regarde les chiffres d'audience, aucun problème. Nous n'avons pas non plus été victimes d'une diminution du temps d'antenne. Je ne manque pas de travail, croyez-moi ! » Dorothée cherche donc une plage au soleil pour ses émissions de l'été, qui commenceront le 1er juillet, de 9h à 11 h le matin et de 16 h à 18 h l'après-midi. Elle déborde d'énergie et de projets. « Je compte bien d'ailleurs enregistrer des chansons en chinois. »
Geneviève COSTE
Photos Pat Le Guen
Dorothée en Chine : Un triomphe d'impératrice
Télé Poche - 1990
Ses spectacles ont fait un tabac auprès des Chinois. Des petits et surtout des grands. Elle est revenue émerveillée de sa rencontre avec les habitants. Séduite par leur gentillesse. Par leur cuisine. Et par leur production de dessins animés qu'elle nous fera peut-être découvrir un jour.
« Celle qui porte tous les bouddhas sur les épaules ». C'est la traduction du nom de Dorothée en... chinois ! Les yeux encore un peu bridés par le décalage horaire, la copine des enfants est toute surprise par l'accueil que lui ont réservé les habitants de l'empire du Milieu. « Les représentants du Festival international de l'art à Shanghai ont vu mon spectacle à Bercy. Ils m'ont demandé de venir avec les Musclés pour représenter la France. » Sa décision a tout de suite été prise!
« Nous sommes partis en Chine parce que l'aventure nous tentait. » En trois spectacles, Dorothée a fait craquer les Chinois. « Quand je suis arrivée là-bas, personne ne me connaissait. J'ai aperçu deux ou trois enfants, le reste du public était composé d'adultes. En majorité, des étudiants en langue française. Ce qui montre que mes spectacles ne sont pas réservés aux petits seulement. »
Sur scène, un interprète traduit les gags des Musclés. Résume les chansons. Mais quand Dorothée chante « Nicolas et Marjolaine » en chinois, une clameur de satisfaction monte de la salle. De grands sourires fleurissent sur les lèvres des spectateurs. Les applaudissements crépitent. Quelques mots en français fusent. « Sympathique!» Pari gagné ! Pour sa première scène à l'étranger, l'égérie des enfants a fait un tabac. Les Chinois lui ont même demandé de revenir à l'occasion des Jeux asiatiques, à la fin de l'année, pour un spectacle regroupant « 18 000 participants ! Une invitation que Dorothée s'est empressée d'accepter. « J'adore ce pays. Depuis toujours. Pour mon premier spectacle de danse, quand j'avais sept ans, j'étais habillée en Chinoise... »
Les derniers projecteurs du spectacle éteints, Dorothée et les Musclés ont visité Shanghai et Pékin. Se faufilant à travers les milliers de bicyclettes, elle est partie en pousse-pousse à la découverte des Chinois. Dans la rue, des passants l'ont même reconnue. Applaudissant gentiment sur son passage. Enthousiastes. Il faut avouer que la petite Française a fait la une du «Quotidien du peuple », le journal officiel. «Les Chinois sont d'une extrême gentillesse et les enfants d'une grande beauté. Je n'ai pas résisté au plaisir de les prendre en photo, avec la permission de leur maman. »
Impressionnée par les démonstrations d'arts martiaux, Dorothée s'est souvenu que « kung-fu» signifie « perfection ». Un mot que l'animatrice conjugue au quotidien. « Je ne m'y suis pas essayée car je suis très respectueuse de leur tradition. C'est un art très sérieux qui exige beaucoup d'entraînement et de concentration. » Mais les visites, ça creuse! Do a découvert la vraie cuisine chinoise dans de petites échoppes qui bordent les rues. « Ce qui me plaît dans cette cuisine, c'est la multitude des plats. J'adore picorer. Et je m'y suis parfaitement habituée. »
Parfaits chevaliers servants, les Musclés lui ont offert une promenade romantique dans le « Jardin d'été » à Shanghai et l'ont fait hurler de rire en se déguisant en femmes lors de la traditionnelle visite du tombeau des Ming. « J'ai aussi adoré visiter les temples, voir le Bouddha de jade. A Pékin, nous avons parcouru les 72 hectares de la « Cité interdite » au pas de course et admiré, rapidement, les 999 pièces de la demeure impériale. Le 9 est un symbole de bonheur... »
Bonne élève, Dorothée a retenu ses leçons. Ce pays me passionne. Quand j'étais enfant, j'aurais aimé devenir archéologue.» Mais son âme de directrice des émissions pour la jeunesse a pris le dessus. Ce n'est pas sans arrière-pensée qu'elle a visité les studios de dessins animés où elle a découvert, entre autres, « Le roi des singes », le héros des enfants chinois. Une série que les petits Français verront peut-être prochainement !
Mirella LEPETIT
Brèves - Partie 1 (6 articles)
Cadeaux – VHS Dorothée à Bercy
ELLE a cassé la baraque. En janvier, à Bercy, puis en février, à Forest-National, Dorothée s'est surpassée avec un spectacle qui en a étonné plus d'un et qui, en tout cas, a fait venir la toute grande foule. Si vous n'étiez pas de ce nombre, il vous reste la possibilité via la cassette de goûter par les yeux et les oreilles au super-show de la star de la télé et de la chanson pour enfants, Etant entendu que, pour s'attirer les grâces d'un public plus large, elle a viré rock. Résultat : de la première à la dernière note, ça balance, ça frappe, ça cogne. Et ça tonitrue, puisque, pour illustrer son succès du moment, Tremblement de Terre, Doro a opté pour une sono hyperpuissante, faisant vibrer, vraiment vibrer, la salle. Autre élément frappant : les éclairages. Spots et lasers confondus et déchaînés, ça vous en jette plein les rétines, en Inondant l'immense scène de jets et de coulées passant en revue toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Il y a aussi les costumes (les déguisements ?) qui changent à tout bout de chant (!), et les musiciens qui assurent un max, laissant, malgré leur notoriété de Musclés, la vedette à Madame Dorothée.
Traqués par le trac
Dorothée, elle, s'affirme « traqueuse depuis 20 ans » ! « Avant mes émissions, j'ai les jambes qui tremblent, la voix novée, la peur ou ventre. C'est encore pire quand je suis invitée dans les émissions des autres. Là, j'ai le cœur qui s'affole, etc. Is Son plus mauvais souvenir Mon premier passage à Bercy : J'ai été à deux doigts de la crise de larmes. Le seul "truc" que l'ai trouvé : 5 minutes avant le début, je vais écouter le public, dans le noir, derrière le rideau. Ça ne me rassure d'ailleurs pas du tout ! »
Dorothée : le c(h)oeur des enfants
Criez, ils crient ; tapez des mains, tapez des pieds, et cela ressemble à un tremblement de terre. Entre Dorothée et les enfants, le courant passe. Alors, oublions notre regard d'adulte, oublions qu'elle est une redoutable femme d'affaires et qu'elle en connaît les dures lois. Au fil des années, Dorothée est devenue une vraie « pro ». Une voix plus affirmée, une véritable aisance sur scène... elle se donne à fond mais sans gesticulation dans un spectacle au rythme résolument binaire.
Pas de côté « gnan-gnan », les petits enfants. L'orchestre des « Musclés », héros du club Dorothée, des danseurs et des choristes efficaces et on s'éclate dans le bon goût. Bonne sono, éclairages léchés et dans les yeux des enfants, cette petite lueur de bonheur qui fait tant plaisir aux parents.
Ils sont les acteurs de la fête et Dorothée le sait bien. Elle s'adresse constamment à eux, réinvente sur scène ce qu'ils voient quotidiennement à la télévision. Quelque part, ils contrôlent la situation, ils dialoguent, enfin avec leur grande copine. Et puis au milieu des chansons reprises en chœur, il y a un enfant enfoncé dans sa chaise, les mains sur les genoux qui, malgré les invites de sa mère ne participe pas. Il regarde bouche bée, pas encore sûr qu'elle soit sortie du petit écran pour venir l'enchanter.
A. C.
Critique – Album "Dorothée live à Bercy"
Elle ânonne, les pieds en dedans, des tubes-scies qui - depuis quinze ans ? - agacent singulièrement les dents. Elle chante à peu près juste quoique sans excès des « tremblements de terre » qui portent cruellement sur les nerfs. Alors ? Alors, mystère. On se dit, pour expliquer tous ces albums vendus aux 6-8 ans, qu'il y a peut-être la manière. Une persuasion vive, une rondeur, une douceur... Mais, tiens, rien. Dorothée a l'air aussi sèche qu'une gourde de GI aux confins du désert irakien. N'importe. Ses « dou-dou-dou » subjuguent nos bambins. Dites, les jeunes, y a pas que Doro dans la vie... Et si vous essayiez aussi les Beatles ?
70000 fans à Bercy, 12 millions d’albums ? C’est pas assez !
La quadra de TF1 peut être fière d’elle : elle règne sur la jeunesse. Et pourtant... Dorothée ne profite de rien. La chanteuse animatrice-femme d'affaires ne cesse en effet de travailler comme une dingue. Elle répond aux interviews d'une voix éteinte et égrène ses victoires sans sourire. Ah bon, 70000 fans à Bercy ? Tiens, elle a vendu 12 millions d'albums ? Excusez-la, elle part au Japon avec Jacky et Corbier ! Pour Dorothée, le travail est une véritable drogue Pour se fuir elle-même ?
Top Flashes
Dorothée, tout le monde la connaît, c'est la petite blonde qui les mercredi, samedi et dimanche sur TF1 mène tambour battant une émission pour les plus jeunes. Mais Dorothée n'est pas que cela, c'est aussi une chanteuse qui n'a pas eu peur de faire la plus grande des scènes parisiennes et qui à chaque show a réussi à remplir Bercy avec 12 000 enfants, en leur offrant un spectacle digne des plus grands. Des éclairages réalisés par le number one Jacques Rouveyroulis, c'est le monsieur qui depuis quinze ans fait les éclairages les plus sophistiqués. C'est aussi lui qui aux U.S.A., à Houston, a éclairé la ville entière pour le spectacle de Jean-Michel Jarre. Dorothée, elle, chante, danse, prend même la guitare pour un rock endiablé, accompagnée par les inséparables Musclés qui, quand ils veulent, sont de très, très bons musiciens. Et le soir où nous sommes allés l'applaudir, à côté de nous Johnny Hallyday avec sa petite fille Laura. Eh bien notre Johnny national a lui aussi trouvé le spectacle très bien. Comme quoi, même si son répertoire ne plaît pas à tout le monde, on peut quand même présenter un show formidable. Bravo Dorothée.




















